‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 40 sur 155 · Livre sbcomd. mi · texte numérisé non relu

Livre sbcomd. mi

Laisse tout seul joBer ton compagnon , Embrasse-moy, baise-moy^ mon mignon, Pends à mon col ; mon €is. je te pardonne Tous les tonrmens que ta flèche me donne , Tous les ennuis, tous lès maux infinis Pour les amours d'Anchise et d'Adonis, Si de ton trait tu blesses la pensée^ L'ame et le cœur des filles aeDicée Pour Francion, Troyen digne d'avoir.

Tant il est beau, faveur de ton pouvoir, Je te don'ray, pour te servir de page, Le Jeu mignard qui te ressemble dàge^ Fin comme toy, de qui les petits dois Tous enfantins porteront ton carquois , Et ton bel arc qui je monde conqueste; II sera tien si tu fais ma requeste. k>

Adonc Venus le mit en son giron , Roses et lis espanche à Penviron De sa perruque , et Pendort en sa robe, Puis finement de son fils se desrobe y S'envole en Cypre, où son temple en tous temps Voit ses autels chargés d'un beau printemps (tf).

A-tant Amour du sommeil se secoue.

Ses blonds cheveux arrangea sur sa joue, Une double aile à son dos attacha , Du prochain myrthe en sautant décrocha Son plein carquois; il empoigne en la dextre L'arc, et des dieux et des hommes le maistre; Puis, s'eslançant hors la porte des deux, En-^émené, fretillard et joyeux (^),

a, Var. :

S'en-voU en Cypre, oà d'encens sabiens Fument tousjours ses autels paphiens,

b. Var. :

Petites mainsy petits pieds, petits jeux.

112 La Franciaoe«

Se rue en Tair; le ciel, Tonde et la terre Luy font honneur ; Zephyre, qui desserre Sa douce haleine odorante à Tentour, Tout amoureux va convoyant Amour.

Ce petit dieu, qui trompe la cervelle Des plus rusez, prit semblance nouvelle , Se hérissant en la forme d'un tan (Fier animal), qui au retour de Tan , Quand le printemps rameine ses délices , Parmy les prez fait courir les génisses; Aux yeux de tous fut invisible , puis S'alla cacher dessous le seuil de rhuis Joignant la porte où le prince Dicée («), Superbe^ avoit sa demeure dressée.

Tandis Francus, secouant en la main Un javelot à la pointe d'airain , Ayant au col sa targue à mainte houpe^ Vers le chasteau mena sa jeune troupe.

Venus la belle, au départir des bordS| Songneuse d'eux, emmantela leurs corps D'une nueuse et obscure couronne , Pour n'estre veus ny cognus de personne. 1 Quand au palais Francion arriva, Loin de leurs corps l'air espais se creva, Et leur figure est propre revenue, Comme autres clairs devestus d'une nue.

Ce jour Francus à merveille estoit beau :

Son jeune corps sembloit un renouveau , Lequel estend sa robe bien pourprée Dessus les fleurs d'une gemmeuse prée ; La grâce estoit à l'entour de ses yeux , De front, de taille, égal aux demyndieux.

tf. Var. :

Il se fit tel ftt'on nepottvoit le voir, Corps invisible, et puis allas'assoir Au haut sommet de la porte oà Dicie. . . .

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