‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 52 sur 155 · Livre second. i^j · texte numérisé non relu

Livre second. i^j

Comme lions de puissance indomptez.

Le fer trenchant sacquent de leurs costez Qui se cachoit d'une alumelle fine Du long la cuisse en leur gaine ivoirine.

Entre Tardeur, la haine et les eiforts, Une fureur leur réchauffa le corps.

Ici la rage, \ci la chaude honte, Des deux guerriers le courage surmonte, Perd leur raison, si bien qu^ toutes mains, A vuides coups , à coups termes et plains De pointe, taille et de travers ruèrent , Et leur harnois en cent lieux déclouèrent , Si que le camp estoit partout semé Du fer touché de leur corps désarmé.

Icy la hausse, icy tombe la grève, La maille icy. Ces chevaliers, sans trêve, Fumant, soufflant, suant et haletant, Playesur plajre ils se vont combatant.

Pied contre pied , sans point changer de place. L'un de son corps se fie en la grand masse, Ferme en son poids; et Tautre, plus gaillard, Dispost, se fie au secours de son art.

A^is à la fin ils reprennent haleine, Demy matez de sueur et de peine ; Puis, tout soudain, comme deux taureaux font, Rentrent de pieds, et de bras, et de front, L'un contre rautre. Une horreur^ une rage, Un fier despit flamboyé en leur visage, Tantost petits, tantost ils se font firands^ Tantost courbez , tantost à demy flancs , Dessus la jambe ores gauche, ores dextre , Contre-avisoient où le coup pouvoit estre Mieux assené, mais point ne se trompoient, Car tout d'un coup ils paroient et frapoient.

Francus luy jette en l'œil droit une pointe; L'autre, appuiant sur sa dague bien joincte L'espée en croix , loin de l'œil repoussa La playe au vent et le bras luy blessa.

1)4 La Franciade.

Le sanff coula de cest enfant de Troye, Vermeil ainsv qu'est une rouge soye Que la pucelie arrange avecques l'or D^us la gaze, ornement d'un trésor, Ou tel que fut de la playe Adonine Le sang fardeur de la rose pourprine; Mais pour cela ne perdit la vertu.

Armé de cœur et de glaive pointu , Le suit, le tient, Timportune et l'approche, Comme les flots qui frappent une roche.

Luy, qui le corps de naissance avoit dur Plus que métal ou le marbre d'un mur, Comme rusé , par longue prévoyance, Gardoit sa veine afin qu'on ne l'oifense. Francus , vovant que c'estoit temps perdu D'avoir sur luy tant de coups despendu , Ainsi qu'une aigle en roideur qui se laisse (4) Caler a bas, ouvrant la nue espaisse,

éi. Var. :

Le sang caillé de sa gorge sortit MesU d'escumc et de bave gluante, infectant l'air d'une haleine Duante, De mille coups martelez sur Varmet, Le pommeau cheut, le coutelas se met En cent morceaux reluisans sur la place, Comme au Soleil les morceaux d'une glace.

Lors de cheval s'empoignent corps à corps.

Et s'emhrassans à bras courbes et tors.

Se sont tira d'une si forte serre Que l'un sur l'autre à bas trébuche à terre Èhtre-accrochez, Unefureur les suit; Dessus le dos leurs harnois font un bruit.

Aussi soudain que la terre pressïrent.

Fiers au combattons deux se redressèrent Front contre front, si bien qu'à toutes mains, A Yttides coups, à coups fermes et pleins,

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