Voir page i jy de ce volume
2. Hélène de Fonsè(^ue, fille de René, baron de Surgères, et d'Anne de Cossé-Bnssac.
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faveur envers le thrésorier rêvant pour le faire payer de quelque année de sa pension ; ce qu'elle faisoit sans doubte très volontiers , en récompense de tant de beaux vers qu'il avoit faicts pour elle , et par lesquels il avoit immortalisé son nom. »
Le même G. Colletet conservait une série d'autographes de Ronsard, qui serait aujourd'hui bien précieuse, il en donne ainsi l'analyse :
(( De plusieurs lettres escrites de sa main propre à son cher amy Jean Gallandius, qui sont Heureusement tombées entre les miennes, j'apprends qu'il ne pouvoit se résoudre sur les dernières années de sa vie à quitter sa maison de Croix-val pour aller à la Cour, et y mendier je ne sça^r quelle mondaine faveur, de laquelle par modestie il se pouvoit bien passer plus justement, dit-il, que ces bons pères philosophes qui n'avoient pour tous meubles aue le baston, le manteau naillonné et le creux ae la main. Néantmoins que si tost que ses vilaines gouttes l'auroient quitté, qu'il seroit son hoste plus tost que l'hyrondelle, mais de sa force (')... autrement qu'il ne le pouvoit, estant assez riche et content de sa réputation acquise par ses longues veilles, estudes et travaux.
Dumfata Demqiu sirubant Vi)â et qucm dcderat cursum fortuna pcrcgi.
» Et par ceste mesme lettre datée de Croix-val le 17* jour de décembre 1584, j'apprends
1. Il Y a là quelque erreur ou omission, la phrase est incompréhensible.
encore qu'il avoit une pension du Roy de quatre cents escus, dont il envoyoit la quittance à Gal^ iandius son amj, pour la recevoir en son nom et en son acquit du Thrésorier Molay, et en cas, dit Ronsard, qu'il vous traisne et qu'il refiise de payer, dites luy en sortant de sa chambre: «Vous ne debvez point, Monsieur, tomber sur la pointe de la plume de Monsieur de Ronsard qui est homme mordant et satyrique, au reste vostre voysin, et qui sçait fort bien comme toutes choses se passent.»
» Par une autre de ses lettres, encore dattée de sa maison de Croix-val, le 9*' jour de septembre 1584, j'apprends que iusques alors il n'avoit reçu aucun advantage ae tous les libraires qui avoient tant de fois imprimé ses escrits, mais que pour cette édition qu'il préparoit et qu'il avoit exactement revue Q), il entendoit que Buon^ son libraire, luy donnast soixante bons escus pour avoir du bois pour s'aller chauffer cet hjnrer avec son amy Gallandius, et s'il ne le veut ^re, dict-il, il exhorte son amy d'en parler aux libraires du Palais qui en donneront sans doubte davantage, s'il tient bonne mine et qu'il sçache comme u faut faire valoir le privilège perpétuel de ses œuvres; ce qui est d'autant plus à remarquer que les privilèges d'aujourd'huy ne sont que pour quelques années et non pas perpétuels, et ensuîtte il lance plusieurs traits de raillerie contre l'avarice de certains libraires qui veulent proffiter
I. L'édition în-folio de 1584, dans laquelle il a fait les plus nombreuses et les plus malheureuses corrections.
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de tout, recevoir tousjours et ne donner jamais
rien.
» Finalement par une autre de ses lettres du 22 octobre 1 585, qui estoit escrite environ deux mois devant sa mort, j'apprends qu'il se trouvoit extrêmement faible depuis quinze jours en la mutation de l'automne à l'hyver, qu'il estoit devenu fort maigre et qu'il avoit peur de s'en aller avec les feuilles; toutefois qu'y estant tout à faict résolu, il souhaittoit que ce fust plus tost gue plus tard; qu'il n'estoit plus au monde sinon iners term pondus , qu'un fardeau inutile sur la terre, aussy ennuyé de luy mesme ou'il l'estoit des autres, le suppliant au reste de l'aller trouver, estimant que sa chère présence luy seroit un véritable remède. »
Ce Gallandius (Jean Galland) était principal du collège de Boncourt (') et c'était chez lui que Ronsard habitait quand il venait à Paris dans les dix dernières années de sa vie. Q)
Le collège de Boncourt et la maison de Baïf ne sont pas les seules ^ue Ronsard ait habitées. CoUetet écrit dans la vie du poète : <( Il aimoit le séjour de l'entrée du fauxbourç Saint-Marcel à cause de la pureté de l'air et de cette agréable montagne que j'appelle son Parnasse et le mien.
1 . L'École Polytechnique en occupe aujourd'hui remplacement.
2. Ronsard possédait à Vendôme une habitation aujourd'hui détruite, qui était située rue Saint-Jacques, sur un emplacement occupé par une partie du Lycée. Elle était voisine de l'hôtel de Langey, qui subsiste encore et dont elle n'était séparée que par le Loir.
Etcertesje marquerai toujoursd'anéternelcrayon ce jour bien heureux que la faveur du ministre de nos Roys me donna le moyen d'acheter une des maisons qu'il aimoit autrefois habiter en ce mesme fauxbourg et sans doute après celle de Baïf, qu'il aima le plus. »
Une polémique courtoise s'est élevée, dans le Bulletin du Boiujuiniste (^i ^ mars^ 15 juin 1861 et 15 avril 1863), entre M. Paul Lacroix et moi , sur le point de savoir quel était au juste l'emplacement de cette demeure, que M. Lacroix voyait dans la rue du Mûrier, tandis que Je la croyais dans la rue Neuve-Saint-Étienne-du- Mont (alors rue du Puits -de-Fer ou des Morfondus). — La question longtemps débattue fût enfin tranchée dans V Intermédiaire des chercheurs et des curieux (10 mai 1865), par M. Berty, qui me donna raison en prouvant que la maison de Ronsard devait être cherchée rue Neuve-Saint- Êtienne-du-Mont aux n®* 3?> î J> 37 ^^ 59-
Ce ne fut pas dans ce logis, mais dans celui de son cher Gallandius, que, déjà frappé du mal dont il devait mourir, il épuisa ses forces à revoir, émonder, refondre, relimer ses poésies,
Suis à corriger les épreuves de cet in-folio, qui it achevé d'imprimer le 4 janvier i J84. C'est un chef-d'œuvre de typographie; mais, hélas!
les vers du poète, ressassés dans un cerveau vieilli , raturés d'une main défaillante, y perdent toute leur saveur, toute leur jeune effervescence ; ils n'y sont plus que leur propre fantôme, comme le poète lui-même n'est plus que le squelette du brillant adorateur de Cassandre et de Marie.
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Ce fut encore au collège de Boncourt qu'il séjourna une dernière fois, l'année même de sa mort, de février à juin, malade de la goutte et ne bougeant presque plus du lit. Son cher Galland l'accompagna de là à Croix-val, sa demeure ordinaire; et, un mois après, Galland l'ayant quitté, il alla passer huit jours à son prieuré de Saint-Cosme. Puis tourmenté d'un invincible besoin de mouvement causé par les souffrances de sa maladie, il revint à Croix-val, d'où il écrivit à Galland sa lettre du 22 octobre.
« Quelques jours après, comme ses forces » diminuoient, il envoya quérir, avec un notaire, » le curé de Temay, pour déposer le secret de » sa volonté; ouit la messe, et s'estant fait » habiller, receut à genoux la communion, ne » voulant à son aise recevoir celuy qui avoit » tant enduré pour nous, regrettant sa vie passée, » et en prévoyant une meilleure. Ce fait, il se » fit devestîr et recoucher, disant : Me voila au » lict attendant la mort, terme et passage commun » d'une meilleure vie» Quand il plaira à Dieu m'ap- » peler, je suis tout prest de partir! » Galland arriva le 30 octobre. Ronsard, ne pouvant tenir en place, se fit conduire par lui tantôt à Montoire (»), tantôt à Croix-val, composant des vers qu'il lui dictait. — Enfin, par une dernière fantaisie de mourant et sous l'empire d'une vision
I . A son prieuré de Saint-Gilles, dont la chapelle romane, à demi ruinée et enterrée par les exhaussements successif du sol, offre les restes de fresoues du style bysantin. Ces peintures devaient être encore dans leur éclat au temps de Ronsard.
qu'il eut au milieu d'une nuit d'insomnie, « il se fit transporter à Tours en son prieuré de Sainct Cosme en l'isle, ce qu'il fit avec grand' peine, ayant demeuré en chemin, et pour faire sept lieues, trois jours entiers. Il n'avoit pas esté huict jours en ce lieu, que ses forces diminuant à veue d'œil, les os luy perçant la peau, et se sentant mourir, il fit venir, l'un des religieux nommé Jacques Despez, âgé de soixante et quinze ans, aumosnier de Sainct Cosme, qui luy ayant demandé de quelle resolution il vouloit mourir, il respondit assez aigrement : « Qui vous fait dire cela, mon bon amy ? » doutez-vous de ma volonté ? je veux mourir » en la religion catholique comme mes ayeulx, » bisayQulx, trisayeulx, et comme l'ay tesmoi- » gné assez par mes escrits! » L'aumosnier reprit, qu'il ne l'entendoit en ceste façon, mais qu'il avoit désiré scavoir s'il vouloit ordonner quelque chose par forme de dernière volonté.
Ronsard alors luy dit : « Je désire donc que vous » et vos confii-eres soyez tesmoins de mes der- » nieres actions. »
» Alors il commença à discourir de sa vie, monstrant avec grande repentance, qu'il rcnonçoit à tous les olandices de ce monde, qu'il estoit un très-grand pécheur, s'esjouissant que par ses douleurs Dieu l'eust comme resveiUé d'un profond sommeil, pour n'oublier celuy qu'en prospérité nous oublions ordinairement, le remerciant infiniment de ce qu'il luy avoit donné temps de se recognoistre, demandant pardon à chacun, disant à toute heure : « Je n'ay aucune haine
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» contre personne^ ainsi me puisse chacun par- » donner. » Puis s'addressant aux assistans , et les exhortant à bien vivre, ajouta, que la mort la plus douce estoit celle à qui la propre conscience n'apportoit aucun préjueé de crimes et meschancetez. Cela fait, le jour de la Nativité de nostre Seigneur, il pria le sous-prieur d'ouïr sa confession, communia d'une singulière dévotion, disant incessamment, (jue Dieu n'estoit Dieu de vengeance, ains de miséricorde, et que ceste divine douceur qu'il avoit entièrement en l'imagination, luy ayaoit fort à supporter ses douleurs, lesquelles il meritoit bien et de plus erandes. Il continua ceste perpétuelle envie de dicter vers, et fit escrire ceux-cjr peu de jours avant sa mort, comme on luy parloit de manger :
Toute la viande qui entre Dans le goulfre ingrat de ce ventre, Incontinent sans fruict ressort ; Mais la belle science exquise
Sue par l'ouye j*ay apprise, ^accompagne jusqu'à la mort.
» Le dimanche vingt-deuxiesme décembre il avoit fait son testament, par lequel il ordonnoit de toutes choses, ayant distribué tous ses biens, partie à l'Eglise et aux pauvres de Ddeu (ainsi les nommoit-il par son testament), partie à ses parens et à ses serviteurs; et demanda à l'aumosnier combien il pourroit encor vivre. Il eut l'esprit tousjours sain et entier, dicta encore deux sonnets chrestiens, demeura longtemps les bras levés au ciel; enfin semblable à celuy (jui sommeille, rendit à Dieu son esprit; et ses mains
en tombant firent cognoîstre aux assistans le moment de son trespas, qui fut sur les deux heures de nuict, le vendredj 27 décembre 1 585, ayant vescu 61 ans, ) mois et 16 jours. Et fut mis en sépulture ainsi qu'il l'avoit désiré et ordonné, au chœur de l'église de Sainct Cosme. » Q)
D'après le portrait que font de lui ses contemporains, Ronsard eut la taille haute et droite, le visage beau et majestueux, le front large, les yeux Yifs et perçants, le nez aquilin, la barbe et les cheveux châtain clair, frisés naturellement. La grâce de son extérieur faisait pressentir une âme généreuse, un esprit ardent, vigoureux et éclairé d'une céleste lumière.
Sa constitution était bonne ; mais ses longes et laborieuses veilles, ses voyages, les infirmités et les maladies contractées en sa jeunesse dont il n'avait, dit-il, que trop gaspillé la fleur y l'affaiblirent de telle sorte que sur le déclin de sa vie il s'étonnait lui-même de se voir si changé. Les derniers portraits qu'on a faits de lui nous le montrent en effet maigre, grisonnant, courbé, privé de ses dents, et son grand nez aquilin rejoignant presque son menton, dès l'âge de cinquante ans.
Quoic^u'il ne parlât ni bien ni beaucoup, porté qu'iTétait à la rêverie par sa surdité et sa nonchalance, sa conversation était cependant facile avec ceux qu'il aimait. « Libéral et ma^ifique en la despence de ses biens, ajoute Bmet, il n'estoit ennemy d'aucun, et si aucuns se sont