‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 4)Chapitre 59 sur 127 · I . Cette lettre, précieux témoignage de la protection dont · texte numérisé non relu

I . Cette lettre, précieux témoignage de la protection dont

veulx-je faillir, pour le désir que f av de longtemps de son bien et advancertient et pour resperance qu'il a tousjours eu en vostrc aide et raveur, de vous escrire ce mot de lettre en sa recommandation, et vous supplier, Madame, le vouloir, tant pour Tamour de mov que pour respect mesme , tenir tousjours en vostre oonne grâce et le pourvoir de quelque bénéfice, pour de plus en plus luy donner moyen de continuer les labeurs qu'il a jusques ici entrepris au proffict et honneur de toute la France : et. d'autant, Madame, que je suis certaine que de tels personnaiges estans congneus de vous, comme ledit Ronsard est, ne peuvent sinon trouver secours et advancement en vostre endrokt , je ne vous en feray pour ceste heure autre plus humble prière, me remetant a la bonne volonté et faveur qu'il vous a tottsiours pieu porter à ceux qui vous ont esté recommandés de ma part qui m'est, Madame, une obligation si grande, que je ne puis sinon vous en demourer toute ma vye redevable : et sur ce point, je me recommanderay très humblement à vostre bonne grâce , priant Dieu vous donner, Madame, en santé très bonne et longue vye.

De Ryelle, ce IIIÏ* jour de May. (1560.)

Vostre très humble et obéissante Sœur et Subgette,

Marguerite de France.

la fille de François !•' honora constamment Ronsard, ne pouvait être mieux placée qu'à la suite du curieux fragment de l'ode dédiée par le poète à sa bienfaitrice. — EUc est tirée des manuscrits de la Bibliothèque Impériale : Beth. 8691, fol. 14. Je la tiens de M. Louis Paris, qui l'a signalée et publiée le premier.

LA TRUELLE CROSSÉE.

SONNET

PI

^entes-tu, mon Aubert (•), que l'empire de France Soit plus chéri du ciel que celuy des Medois, Que celuy des Romains, que celuy des Gr^eois Qui sont de leur grandeur tombés en décadence?

Nostre empire mourra, imitant Tinconstance De toute chose née, et mourront quelquefois Nos vers et nos escrits soient latins ou françois; Car rien d'humain ne fait à la mort résistance.

Ah ! il Taudroit mieux estre architecte ou maçon, Pour richement tymbrer le haut d'un écusson D'une Crosse honorable, en lieu d'une Truelle iC)

Mais de quoy sert l'honneur d'escrire tant de vers» Puisau^^n ren sent plus rien quand la Parque cruelle, Qui des Muses n'a soin, nous a mis à l'envers?

1 . Ce sonnet, si je ne me trompe, est bien celui que Binet, dans la vie de Ronsard, signale sous le titre de ki Truelle crossie, et que j'ai longtemps cherché en vain.

Je l'ai trouvé, ainsi que les cinq pièces qui suivent, dans la Nouvelle Continuation des Amours de Ronsard^ recueil si rare que je n'avais jamais pu le consulter.

2. Guillaume Aubert, de Poitiers, poète cité dans la Bibliothèque de Duverdier.

3. Ceci fait allusion à l'abbaye de Livry, qui venait d'être donnée à Philibert de Lorme, architecte des Tuileries.

ÉLÉGIE

Au bœuf qui tout le jour a trainé la charrue On oste au soir le ]oug, quand la nuict est venue, Et mis dedans Pestable est pansé doucement, Soulageant son travail par un bon traitement.

Quand le cheval guerrier courant aux bords de'Pise, Des jeux Olympiens a la gloire conquise.

Et que son corps poudreux des joustes de cinq ans Il a bien nettoyé aans les flots Alphéans, Plus son ventre vieillard son maistre n'eperonne; Mais luy oste le frein et liberté luy donne.

Quand un soldat a fait aux guerres son effort Pour gaigner la bataille et pour fausser un fort, Et gu'il a tout le corps marqué de belles playes, Il vit franc de combats au rang des mortes pajres, Et à Quelque crochet, ou debout contre un bois Pour ry laisser rouiller attache le hamois.

Mais toy, méchant Amour, tousjours tu renouvelles Tes playes contre moy et tes fiertez cruelles; Et bien que jà trente ans pèsent de sur mon chef Pourtant tu n'as pitié de mon triste meschef ; Mais comme un fier tyran inexorable et rude Tu ne m*ostes du col le joug de servitude, Foulant du pied ma teste et brûlant sans repos D'un feu continuel mes veines et mes os.

Pour n'estre désormais une nouvelle fable Au peuple, il seroit temps (s'il te fust agréable) De me donner congé et mettre en liberté Mon col, qui si longtemps au joug fut arresté. Affranchi du travail et des peines gaignées Suivant tes estendars par dix ou douze années. Sans recevoir un bien ; car jamais dessous toy Amant ne guerroya si malheureux que moy

Ny si desespéré. Eh! quov, fils de Déesse 1

Je ne suis plus dispos ne Douillant de jeunesse.

Pour faire une courvée il te faut attizer

Ceux à^qui le menton ne fait que de frizer,

Afin que tes beaux traits leur servent d'exercice.

Ceux de cet âge là sont bons à ton service;

Ils sont forts et dispos et n'ont encor senty

Le mal dont tant de fois je me suis repenty.

Mais quoy ! c'est un tribut qu'il faut que chacun paye ;

Non que je sois lassé d'avoir au cœur la >playe

Sue ton beau traict me fist. Plustost mille trespas i puissent advenir que jamais j'en sois las ; Car je te serviray soit en barbe meslée Ou soit que tout mon chef blanchisse de gelée.

Je ne suis nv tout seul ny certes le premier A qui tu fais au mal. Ton traict est coustumier De navrer les plus grands et ceux dont la nature Des plus nobles vertus gentilement a cure.

Tous les Dieux ont aymé et les hommes aussi; Et bref il n'y a rien exempt de ton souci.

Si quelque homme mortel m'avoit fait cet outrage, J'armerois contre luy l'ire de mon courage Et m'en voudrois venger ; mais puisoue cest un Dieu Je ne me puis deffendre^ il luv faut donner lieu; Car on tient pour certam qu une humaine poitrine Ne sçauroit résister à la force divine.

De cela sont temoings les géans odieux Qui en vain feirent teste à la force des Dieux.

Or fay-moy doncques, Dieu, tout ce que voudras faire. Rien qui vienne de toy ne me sçauroit desplaire; Je suis ton serviteur, |e ne veux d'autre Roy : Sans barbe je fus tien ; barbu je suis à toy ; Tien je seray tousjours, et deussé-je en tristesse User ma pauvre vie avecques ma maistresse.

142 Œuvres

SONNET

Pourtant si ta maistresse est un petit p Tu ne dois pour cela te courroucer contre dile. Voudrais-tu bien hayr ton ami plus fidelle Pour estre un peu jureur ou trop haut à la nain?

Il ne £aut prendre ainsi tous péchés à desdain, Quand la faute en péchant n'est pas continuelle. Puis il faut endurer d'une maistresse belle Qui confesse sa faute et s'en repent soudain.

Tu me diras qu'honneste et gentille est t'amie ; Et je te respondrai qu'honneste fiit Cynthie, L'amie de Properce en vers ingénieux.

Et si ne laissa pas de faire amour aiverse.

Endure donc, ami, car tu ne vaux pas mieux Que Catulle valut, que TibuUe et Properce.

SONNET

J'aurai tousjours en une haine extresme Le soir, la chaise et le lit odieux Où je fus pris, sans y penser, des yeux Qui pour aimer me font hayr moy-mesme.

J'auray tousjours le front pensif et blême Quand je yoirray ce bocage ennuyeux Et ce jardin, de mon aise envieux, Où j'avisay cette beauté suprême.

J'aurai tousjours en haine plus que mort Le mois de may, le lierre et le sort Qu'elle écrivit sus une verte feille ;

J'auray tousjours ceste lettre en horreur Dont pour adieu $a maii» teadre et vermeille Me feist présent pour me rempreindre au cœur.

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