‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 104 sur 216 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Le lourd peuple ignorfint, grosse masse de chair,

?m a le sentiment d'un arbre ou d'un rocher, raine à bas sa pensée, et de peu se contente, D'autant que son esprit hautes choses n'attente ; Il a le cœur elacé, et jamais ne comprend Le plaisir qu on reçoit d'apparoistre bien grand. Mais le gaillard esprit à la nautesse pense, Et pour y parvenir il faut de l'impudence; L'impudence nourrit l'honneur et les estats ; L'impudence nourrit les criars advocats.

Nourrit les courtizans, entretient les gendarmes ; L'impudence aujourd'huy sont les meilleures armes Dont on se puisse aider, mesme à celuy qui veut Parvenir à la cour, où la vertu ne peut Pour vertu se monstrer, si l'impudence forte A l'huis des grands semeurs sur son dos ne la porte.

Mais sur tous le poëte est le plus eshonté ; Car ainsi qu'une mousche(*), après qu'elle a goûté Ou du miel, ou du laict, quelque chose qu'on face. Et deust-elle mourir, n'abandonne la place, Ains vole opiniastre et revole à l'entour.

Coup sur coup redoublant son tour et son retour Sur le breuvage aimé, jusqu'à tant que courmande Ait son ventre affamé remply de la vianae ; Ainsi fait le poëte, alors que le bon-heur Luy présente l'appast d'une douce faveur ; La suit opiniastre, et comme une sang-sue La hume jusqu'à tant que sa faim soit repue.

J'ay de vostre faveur en telle sorte usé ; Pardonnez-moy, Prélat, j'en ay trop abusé ; Et recevez ces vers comme venans d'un homme

8ui réye ayant la fièvre, ou frénétique, ou comme 'in à qui la douleur fait dégorger en vain Des mots qu'il ne dii-oit quand il seroit bien sain. Ainsi f affection, l'ambition et l'ire,

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