‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 111 sur 216 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

A ces chansons les chesnes aureillez Abaisseront leurs chefs émerveillez, Et Philomele en quelaue arbre ^arée N'aura souci du péché de Terée, Et par les prez les estonnez ruisseaux Pour t'imiter accoiseront leurs eaux.

Pan le cornu, doux efFroy des Dryades, Et les Sylvains amoureux des Naïades, Sçauront par cœur les accents de ta vois Pour les apprendre aux rochers et aux bois, Voire si bien qu'on n'oira qu'un Zephyre Parmy les fleurs tes louanges redire.

Là, tous huilez, les uns sur les sablons Iront luitant, les autres aux balons, Parmy les prez, d'une partie égale Courront ensemble, et jou'ront à la baie ; L'un doucement à l'autre escrimera.

Outre la mar()ue un autre sautera, Ou d'une main brusquement balancée Ru'ra la pierre, ou la barre eslancée.

L'un de son dard, plus aue le vent soudain, I>ecruchera le chevreul ou le dain ; [Les uns montez sur des chevaux d'Espaigne, De tourbillons poudrovant la campaigne.

Courront le lièvre, et les autres es bois Le cerf pressé de filets et d'abois.] Les uns plus gais dessus les herbes molles, Virevoltans à l'entour des carolles.

Suivront ta note, et, dansant au milieu, Tu paroistras des espaules un Dieu Les surpassant; mais les autres plus sages.

Dans quelque plaine, ou dessus les rivages Le lonc d'un port des villes fonderont, Et de leur nom ces villes nommeront.

Telles, Muret, telles terres divines Loin des combats, loin des guerres mutines.

Loin de soucis, de soins et de remors, Toy, toy. Muret, appellent à leurs hors,

Ronsard, — VI. u

178 Les Poèmes.

Aux bords heureux des isles plantureuses, Aux bords divins des isles bien-hesreoscs, Que Jupiter réserva pour les siens^ Lors qu'il changea des siècles anciens L'or en argent, et Tardent en la rouille D'un fer meurtrier, oui de sang d'hommes soaille La pauvre Europe! Europe que les Dieux Ne daignent plus regarder de leurs yeux, Et que je fuy de bon cœur sous ta guide, Laschant premier aux navires la bride.

Et de bon cœur à qui je dis adieu Pour* vivre heureux en l'heur d'un si beau lieu.

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