‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 126 sur 216 · Livre seco^ïd · texte numérisé non relu

Livre seco^ïd

S'il n'est comme un grand Prince honoré par la rue.

Si le velours, la saye, et le rouge chapeau

Ne luy flamboyé au chef, si allant au chasteau

Une suite de gens sa trace ne talonne ;

Il vit heureusement, et la terre très-bonne,

Mère éeale de tous^ ne laisse pas pourtant

A luy donner les biens dont il se tient contant.

Il vit loin de la guerre et des querelles feintes

Dont ces grands courtizans ont les âmes atteintes,

Plus brûlez qu'en un ièu sans intermission,

D'une secrette envie et d'une ambition.

Pour avoir seulement ce vain honneur que d'estre

Les premiers en crédit, et gouverner leur maistre ;

Misérables valets, venaant leur liberté

Pour un petit d'honneur servement acheté î

Quoy? faut-il pas mourir? Bien que l'homme se face

Riche en trésor mondain et tous ceux de sa race,

Si mourra-il pourtant, et ne sera cognu

Non plus qu'un crocheteur lequel est mort tout nu.

Or aille qui voudra mendier à grand' peine D'un Prince ou d'un grand Koy la faveur incertaine ; Quant à moy j'aime mieux ne manger que du pain Et boire d'un ruisseau puisé dedans la main.

Sauter, ou m'endormir sur la belle verdure, Ou composer des vers prés d'une eau qui murmure. Voir les Muses baller (lans un antre de nuit. Ouïr au soir bien tard pesle-mesle le bruit Des bœufe et des ajgneaux qui reviennent de paistre; Et bref fayme trop mieux ceste vie champestre. Semer, enter, planter, franc d'usure et d'esmoy. Que me vendre moy-mesme au service du Roy.

Ainsy vesquit jadis Saturne le bonhomme, Et le ^and fondateur des murailles de Rome, Romule, avec son frère, et le bel Adonis, (*) Et celuy qui jugea les Déesses, Paris.

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