‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 154 sur 216 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Venir à leur lever, venir à leur coucher,

Se trouver à leur table, et discourir un conte,

Estre bon importun et n'avoir point de honte.

Voyla le vray chemin que tu dois retenir.

Si tu veux promptement aux honneurs parvenir.

Et non faire des vers ou jouer sur la Ivre ;

Ce sont pauvres mestiers dont on ne fait que rire.

« Au temps des Roys passez j'avois le front menteur, Le parler d un trompeur, les yeux d'un affronteur , Mamtenant je suis ierme, et pleine d'asseurance; Car aujourd'hui la Royne a toute ma puissance : Elle a le cœur entier, magnanime et hautain.

Et sa seule parole est un arrest certain ; Sa bouche est un oracle, et sa voix prononcée, Comme celle d'un Dieu, ne dément sa pensée.

Avant que de promettre elle songe long temps ; Après avoir promis, ses propos sont constans, Et rimportunité ne la sçauroit combattre; Car de promettre à deux, ou à trois ou à quatre, C'est signe d'inconstance, et le cœur généreux Ne doit jamais promettre un mesme bien à deux. C'est à faire aux enfants, et aux simples pucclles Qui n'ont rien de vertu ny de parfait en elles, Et non à la Princesse, à qui le ciel a mis Dessous sa Majesté tant de peuples soumis, Lesquels tout d'un accord admirent sa prudence, Qui poise tant de peuple en égale balance; Ouvrage mal-aisé; toutesfois elle fait Que chacun vit sous elle heureux et satisfait.

» Ceste Royne de biens et d'honneurs couronnée, Ne veut comme autrefois se voir importunée.

Ou que par la prière on force son plaisir ; Sa providence veut elle-mesme choisir Les hommes vertueux, et en crédit les mettre, Les faisant bien-heureux avant aue leur promettre ; Et c'est le vray moyen d'avoir des serviteurs, , Et non pas d'avancer des sots ny des flateurs. Qui sont autour des Roys élevez en ia sorte

:)S4 Les POEMES»

Qu'est un pilier muet soubs une image rsorte. (a) » Or si U Muse 9 fait enfanter ton cerveau,

Estreine sa Grandeur d'un ouvrage nouveau ;

Et tout ainsi qu'on voit en mieux changer Tannée,

Tu pourras voir changer en mieux ta destinée. » Amsi disoit Promesse, et bien loin de mes yeux,

S'enfuyant de mon lit, se perdit dans les deux.

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