GAYETÉ I
qui don*ray-je ces sornettes Et ces mignardes chansomiettes?
Sa toy, mon Janot ; car tousjours
JTu as fait cas de mes Amours,
Tt asêstmé quelque chose Les vers raillars que je compose; Aussi je n*ay^ point de mignon Ny de plus aimé compagnon <3îue tc^, mon petit œil, que j'aime Autant ou plus que mon cœur mesme, Attendu que tu m'aimes mieux Ny que ton cœur, ny que tes yeux.
Pour ce, mon Janot, je te livre Ce qui est gay dedans ce livre.
^42 Gayetez
Ce qui est de mignardelet Dedans ce livre nouvelet, Livre que les Sœurs Thespiennes Dessus les rives Pimpléennes Ravy me firent concevoir.
Quand, jeune garçon, f allay voir Le brisement de leur cadance Et Apollon le guide-dance.
Pren-le donc, Janot, tel au*il est ; Il me plaira beaucoup s'il plaist A ta muse grecque-latine, Compagne de la Doratine, (') Et sois fauteur de son renom, De nostre amour et de mon nom, A fin aue toy, mo)[, et mon livre Plus d'un siècle puissions revivre.
GAYETÊ IL
Assez vray'ment on ne rtvere Les divines bourdes d'Homère, Qui dit qu'on ne sçauroit avoir Si grand plaisir que de se voir
1 . Dans le Livret de Folastries on lit Rodatine; mais il s'agit évidemment de Daurat.
2. Cette date est celle de la première édition des œuvres de Ronsard, ainsi intitulée : Les Œuvres de P, de Ronsard, gentil-homme vandomois, rédigées en quatre tomes, etc. Paris, Gabriel Buon, 1560. 4 vol. in-i6.
Nous continuons à donner le texte de chaque pièce d'après l'édition où elle a paru pour la première fois, le texte de I $60 étant considéré comme type et comme point de départ.
ET Epigrammes. 343
Entre ses amis à la table, Quand un menestrier délectable Paist Toreille d'une chanson, Et quand Toste-soif echanson Fait aller en rond par la troupe De main en main la pleine coupe.
Je te salue, heureux boiveur, Des meilleurs le meilleur resveur; Je te salue, ô bon Homère 1 Tes vers cachent (juelque mystère :
11 me plaist de voir si ce vin M'ouvrira leur secret divin, lô ! je Tentens, chère troupe, La seule odeur de ceste coupe M'a fait un rapsode gaillard Pour bien entendre ce vieillard.
Tu voulois dire, bon Homère, Qu'on doit faire très-bonne chère Tandis que Tage et la saison Et la peu maistresse Raison Permettent à nostre jeunesse Les libériez de la liesse.
Sans avoir soin du lenaemain ; Mais d'un hanap de main en main.
D'une trépignante cadance.
D'un rouer autour de la dance.
De meutes de chiens par les bois, De luths mariez à la vois.
D'un flus, d'un dé, d'une première.
D'une belle fleur printaniere.
D'une pucelle de quinze ans Et de mille autres jeux plaisans Donner soûlas à nostre vie.
Qui bien tost nous sera ravie.
Moy donq, au logis de séjour En ce temps d'hyver, que le jour N'a pas de longueur une brasse. Et l'eau se bride d'une glace ;
;44 Gayetez
Ores que les vents outragenx Démènent un bruit orageux ; Ores que les douces norgettes Des Dauliennes sont omettes:
Ores qu'au soir on ne voit plus Danser par les antres redus Les Pans avecques les Dnrades, Ny sur les rives les Naïades; Que feroy-je en telle saison, Sinon oiseux à la maison, Ensuyvant P oracle d'Homère, Prés du feu faire bonne cfaere, Et souvent baigner mon cerveau Dans la Jiqueur d'un vin nouveau^ Qui tousjours traioe pour compaigne Ou la rostie ou la chastaigne?
En ceste grande ooupe d'or Verse, page, et reverse enoor ; Il me plaist de noyer ma peine Au fond de ceste tasse pleine, Et d'estrangler avec le vin .
Mon souci qui n'a point de fin, Non plus que l'enfraille immortelle
?ue Paigle sans cesse bourrelle ; ant les attraits d'un oeil vainqueur Le font renaistre dans mon coeur.
Çà! page, donne ce Catulle, Donne-moy Tibulle et MaruUe, Donne ma lyre et mon archet, Depens-la tost de ce crochet; Viste donq, à fin que je chante, A fin que par mes vers j'enchante Ce soin que l'Amour trop cruel Fait mon hoste perpétuel.
O père, à Bacchus I je te prie, Que ta saincte fureur me lie Dessous ton thyrse, à ceUe fin, père ! que j'erre sans fin
ET Bpigrammes. 345
Par tes montaignes reculées Et car rhoÉreur de tes valées.
ue n'est pas moy, ias ! ce n'est pas Qui dédaigne suivre tes pas, Et couvert de lierre, brere Par ia Thrace : Evan ! pourveu, pêne, Las! pourveu, père, lasi pourveu Que ta flame esteigne ie feu
Su' Amour, de ses rouges tenailles, i tournasse par les entrailles.