‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 199 sur 216 · I. Daurat · texte numérisé non relu

I. Daurat

En lieu de telles menreiDes,

Deux bootetâes Je prendray sur mes rongnons, Et ce haaap à double anse

Dont la panse Fait broncher mes compaignons. {a)

Voyez Urvoy qui enserre

De lierre Un flacon gros àe vm bUnc, Lequel, porté sur Tespaule

D'une ^ule, Luy pendille jusqu'au flanc !

Je Yoy derrière Pacate

Qui se haste De Tespuiser jusqu'au fond ; Mais urvoy, qui s'en courrouce,

Luy repoKSse Le flacon contre le front.

A voir de ceiuy ta mine

Qm chemine Seul parlant à basse voix, Et à voir aussy la moue

De sa joûe^ C'est le comte d'Alcinays.

Je le voy comme il galope

Par ta trope Un grand asne sans licol ; Je te voy comme it le flatte

Ea luy gratte Les oreilles et le col.

Ainsy les pasteurs de Troye Par ja voye

a. Var. (ij6o) :

Sert i*orach aux compaignons.

502 Gayetez

Guidoient Siiene monté, Portant les lois de sa feste,

Et sa teste Qui luy panchoit d'un costé.

Abel (a) le suit à la trace,

Qui ramasse Ses flacons tombez à bas^ Et les fleurs que son oreille

Qui sommeille Laisse cEoir à chaque pas.

Ores cet Abel le touche, ^ Or* la bouche

Il luy ouvre, ores dedans Met ses doigts, puis les retire,

Et cour rire Ils se rechignent des dentz.

[lo, Yoicy Hurteloyre

Dont la gloire Monte au ciel d'un roide vol.

Et Latan qui Taccompaigne,

Mais qui daigne Contrefaire un jour le fol.

Des Mireurs seul nous regarde

Et prend garde, D'un œil expérimenté, Que tel desbaux ne nous trompe

Et ne rompe L'accord de nostre santé.

Voicy Lignery qui pousse

De son poulce Les nerfs du luth immortel.

Et Capel qui ne peut plaire

Au vulgaire, Ny le vulgaire à Capel.]

a. Var. (1578): Jûmyn.,, (1584): Vigneau,,.

lo, lo, trope chère,

Quelle chère Ce jour ameine pour nous !

Partons doncq or* que l'Aurore

Est encore Dans les bras de son espoux.

0?e$ doncque que !* Aurore

Est encore Dans les bras de son espoux, Partons ains qu'elle flamboyé,

Et qu'on voye Son grand flambeau dessus nous.

S'il nous voit parmy la plaine,

A grand peine Les champs plaisans nous seront^ Tant l'araente canicule

Luy rebrusle Les rais espars de son front.

Laissons au logrs les femmes ;

Par ces flammes La Cyprienne eviton :

Ensemtle la Paphienne 1

Et la chienne Nous envoiroient chez Pluton. (a)

Mais animons ces bouteilles,

Ces corbeilles Achernons de jambons gras, De pastez, de pains d'espices.

De saucisses.

De boudins, de cervelaz.

a. Var. (1J84) :

Le chaud, le vin, Cytherie,

Font l'entrée Du grand portail de Pluton.

g64 Gayctsk

Cbaqu'un prep^ son «spée

Equtppet Pour se iieyeifer k (te.

De pcMf qu'we iiere «wdao^

Ne nous faee Les cottlpabte& de Ume^,

Gardon», «nis, q^x'^m ne tombe Dans la tomb%

Séjour aveogk et reduft.

Deprns q«i'»tie fois la vie Est ravie,

Us aœws m U ikol |Aiis.

lo, comme ces «Milaires

Et oeshayes Sentent l'iutmide â^aischeur.

Et ces herb« et ces j^Uines

Toutes plaines De rousoyaAie bbocbeiirl

Que ces fives eseumeuses

Sont fomeuaes, Au premier traict de PfadMis!

Et ces fontaAÎeres prées

Diaprées De mille tapis herbus 1

lo, que je voy de roses

Ja descloses Dans rOrieot flatoboyaat; A voir ées nues diverses

Les traverses, Voicy le jour ondoyant.

Voicy l'aube safranée

Qui ja née Couvre d'oeillets et de fleurs Le ciel qui le jour desserre,

Et la terre De rosées et de pleurs*

ET EPIGRAMIIES. ^65

Debout lidncq, smht sacrée,

Et vecft»

De ton beau firent te troupeau, Qnïy pour toy, pend à la gaule

De ce saule, D'un coq aiflie*joar la peau.

Tire, Nyntphe vagabonde^

Hors de Tonde Un soleil qui ne soit pas PerruQué d'un feu qui jette

5a sagette Trop ardentemcnl à bas,

Ainsy Cephale afOff^Jbkj,

Pitoyable Soit tousfotirs à tdit désir; Ainsy pujsses^tii sans eesse^

Ma déesse.

Nue entre ses bras gésir.

Quoy I flamboyante caartme,

Ma prière Tu metz doncques à mespris?

Aymer Dinsses-Ui sans cesse,

Tromperesse, De Tithon les dieveux gris.

Vous qui vf^ la chair tendre,

n faut prendi^.

Pour garder voslfe teint mol^ Un mûttchoiir pioqoé d'duvrage.

Que la rage Du chaud n'arde vostre col ;

Armer de feuilles vos testes

En cent crestes, Et de peur d'empeschement Avaller bas la bottine

Marroquine Pour marcher plus frechement.

}66 Gayetez

Evohé, père, il me semble

Que tout tremble D'un branlement non pareil, Et que je vov, d'un oeil trouble,

Le ciel double Doubler un autre soleil.

Evohé, donteur des Indes,

Que tu guindés Mon cœur bien haut^ Eldean !

Tu luy dis quel sacniice

Est propice A ton antre Lenean.

Advienne qu'orné de vigne

Je trépide Tousjours, vaillant Evohé !

Et que je danse sans cesse,

Par ta presse, Au son du cor enroué, (a)

Tes couleuvres innocentes

Sont glissantes Sus mon chef plein de leurs neudz.

Et ton thyrse, lance forte,

Gay je porte Par tes thiases vineux.

Parmy la barbare Thrace,

A la trace Je suy tes pas desrobez, Le long des secrets rivages

Tout sauvages De lierres recourbez.

a. Var. (1584) :

Tous jours dessous toy, Evan, Qu'à tajeste trietere Ton mystère Je porte dedans ton van.

Je voy Silène qui entre

Dans un antre, J'oy les bois esmerveillez, Je le voy sur l'herbe fraische

Comme il presche Les satyres oreillez.

Evohé, Denys, tempère,

Thebain père, Tempère un peu mon erreur, Tempère un peu ma pensée

Insensée Du plaisir de ta fureur.

Ce n'est pas moy qui te taxe,

Roy de Naxe, D'esiarter le Thracien, Ny d'avoir au chef la mitre,

Ny le titre Du triompheur Indien.

Mais bien c'est moy qui te loue

Et t'advoue Pour un Dieu, d'avoir planté L'heureuse vigne féconde

Dont le monde Est si doulcement tenté;

Qui comme une aspre guerrière

En arrière Chasse les hommes bien loing, Non l'amour doulcement vaine,

Mais la peine, Mais le travail et le soing.

Je voy cent bestes nouvelles

Pleines d'ailes Sur nos testes revoler.

Et la main espouvantee

De Penthée Qui en vain les suit par l'air.

^â8 Gayetbz

Evan, que ta doulceitf io\k

Me raffolk De vineux «slourbiUoQS & Je ne roy poist d'autnes bestes

Sur m» testes Qu'un scadrop de papittoBS.

Leurs ailes de couleurs «aittles Sont dépeintes,

Leur froBt en cornes se fend,

Et leur bouche biea petite Contr'imite

Le muffle d'un elephMt.

Sus^ amis, par ccate rive Que ron sayvt

L'ombre des vies troupeaiui,

Qu'estourdis on les aleere Contre terw

A petits coupa de cbapeMix.

LeqiNfl aur& la victobt^

Et la gloifie D'avoir Gc^myiis te pltts boau.

Qui, tout doré^ sert de guid^

Par le ride, A cest escadron noiftveiMi^

Leqtid pendra de U hmt»

La conqueste Pour trophée de boBfaeur ?

Cekiy Yratfïïwni sera digfie

Qu'un bel bynne Daurat chante â son honne&F.

lo, comme U prend la fiwte^

Nostre suite Ne le sçauroit offenser, Si le plus guay de la trqpe

Ne galope Pour phis tost le devancer.

ET EpIORAMMES. 369

Ha! je l'avoy sans sa voye

Qui ondoyé D'un voler bien peu certain, Et sans l'erreur de son onde

Vagabonde Qui se moquoit de ma main.

Et sans une vigne entorse

Qui la force A soustraite de mes pas, Et m'a fait prendre bedaine

Sur la plaine, Adenté tout plat à bas.

Telq)h' sentit en la sorte

La main forte Du Grec qui le combattit.

Quand, au milieu de la guerre,

Contre terre Un cep tortu l'abattit.

lo ! regardez derrière

La poudrière Que Berger escarte au vent.

Tant il court à toute haleine,

Mettant peine De l'affronter par devant.

Mais, mais, voyez, voyez comme

Il l'assomme.

Mort sur la rive estandu.

Et comme l'aile et la teste

De la beste Dans un saule il a pendu.

Ja la despouille captive

Geste rive Honore et ces saules verds.

Et ja leur escorce verte

Est couverte Du long cerne de tels vers :

Ronsard, — vi. 24

Gayetez

« Je Berger, plein de vitesse,

Par humblesse Aux dieux chevrepieds f appens Cette despouille conquise,

Par moy prise En rage de cinquante ans. »

Père, que ta verve doulce

Me repousse En un doulx affolement ; Plus fort que devant, ta rage

Le courage Me chatouille doulcement.

De ces chesnes goutte à goutte

Bas desgoute.

Ce me semble, le miel roux, Et ces beaux ruisseaux qui roulent

Tout pleins coulent De necUr et de vin douU.

Amis, qu'à teste penchée

Estanchée Soit nostre soif là dedans ; Il fault que leur vin appaise

Ceste braise Qui cuit nos gousiers ardans.

Boyvons leurs ondes sucrées

Consacrées Au dieu qui nous poingt le cœur ; Sondons leurs vagues profondes

Toutes blondes D'une vineuse liqueur.

Que chaqu'un de nous y entre

Jusqu'au ventre, Jusqu'au dos, jusques au front; Que chaqu'un sonde et resonde

La doulce onde Qui bat le plus creux du fond !

ET EpiGRAMMES. 371

Voyez Urvoy qui s'eslance

Sur la pance Tout vestu dans le ruisseau.

Et voyez comme il barbouille,

En grenouille, Dessoubs les vagues de Peau !

Suyvons le sainct tract humide

De ce guide; Eslançons-nous comme luy, Et lavons dans ceste rive,

En Teau vive, Pour tout jamais nostre ennuy.

Que rhomme est heureux de vivre.

S'il veut suivre Ta folie, ô Cuisse-né, Qui tes temples environnes.

Pour couronnes, , D'un verd pampre raisiné!

Sans toy je ne voudrois estre

Dieu ne maistre Des Indiens, ne sans toy De Thebes Ogygiçnne,

Terre tienne.

Je ne voudrois estre roy.

Sans toy, dis- je, race belle

De Semele, Sans toy, dis-je, Nyséan, Sans toy, qui nos soings eifaces

De tes tasses.

Père, Evien, Lyéan !

Mais laissons, troupe gaillarde,

L'eau mignarde; Hastons plus menu le pas.

Ceste chaleur aspre et grande

Nous commande De ne nous arrester pas.

}7a Gayetez

Sus! conduisez d*une aubade

La brigade, vous, chantres honorez.

Qui tenez en ce bas estre

Vostre naistre D'Apollon aux crins dorez 1

Mon Dku, que ceste musique

Angélique Fiche mes esprits bèans En ces menestriers qui sonnent

Et entonnent Les saints cornets Idéansl

Que ces flustes qui doux chantent

Me contentent De leurs accords discordansi Certes, la musique douice

. Seule poulse De nos coeurs les soins mordans.

lo, je voy la vallée

Avallée Entre deux tertres bossus, Et le double arc qui emmure

Le murmure De deux niisselets moussus.

C'est toy, Hercueil, qui encores

Portes ores D'Hercule l'antique nom, Qui consacra la mémoire

De ta gloire Aux labeurs de son renom.

Je salue tes Dryades,

Tes Nayades, Et leurs beaux antres cogneus, Et de tes Satyres pères

Les repaires.

Et tes Faunes front-cornus.

ET Epigrammes. 373

Chaqu'un ait la main armée

De ramée ; Chaqu'un d'une gaye voix Assourdisse les campaignes,

Les montaignes, Les eaux, les prez et les bois.

Ja la cuisine allumée

Sa fumée Fait tressauter jusqu'aux cieux, Et ja les tables dressées

Sont pressées De repas délicieux.

Cela vrayment nous invite

D'aller vite, Pour apaiser un petit La furie véhémente

Qui tourmente Nostre aboyant appétit.

Dessus nous pleuve une nue

D'eau menue, Pleine de lys et de fleurs ; Qu'un lict de roses on face,

Par la place.

Bigarré de cent couleurs.

Qu'on prodigue, qu'on répande

La viande.

D'une libérale main.

Et les pasts dont l'ancienne

Memphienne Festoya le mol Romain.

Doulce rosée divine.

Angevine, Bacchus sauve ta liqueur!

L'amitié que je te porte

Est tant forte Que je l'ay tousjours au cœur.

J74 Gayetez

Je veux que la tasse pleine

Se promeine Tout autour de poing en poinc, Et veux qu'au fond d'elle on plonge

Ce qui ronge Nos cerveaux d'un traistre soing.

Ores, amis, qu'on n'oublie

De 1 amie Le nom qui vos cœurs lia ; .

Qu'on vuide autant ceste coupe,

Chère troupe, Que de lettres il y a.

Neuf fois, au nom de Cassandre,

Je vais prendre Neuf fois du vin du flacon, Afin de neuf fois le boire

En mémoire Des neuf lettres de son nom. ^

lo, qu'on boive et qu'on chante.

Qu'on enchante La dent des soucis fdons :

La vieillesse larronnesse

Ja nous presse Le derrière des talons.

lo ! garçon^ verse encore,

Que j'honore D'un sacrifice joyeux Ceste belle onae verrée.

Consacrée Au plus gay de tous les dieux.

Que l'on charfi^e la fontaine

Toute pleine De gros flacons sumoûans ; Qu'en l'honneur de luy maint verre

My-plein erre Sus les vagues se rouans.

ET Epigrammes. J75

Evan, ta force divine

Ne domine Les hommes tant seulement ; Elle estraint de toutes bestes

Toutes testes D'un effort également.

Voyez-vous ceste grenouille

Qui gazouille Yvre sur le bord de Teau.

Tant Todeur d'une bouteille

(Grand merveille!) Luy enchante le cerveau?

Comme elle, du vin surprise,

Est assise Sur nos flacons entrouverts!

Comme sur Tun et sur Tautre

Elle veautre Son corps flottant à Tenvers !

Mais tandis que ceste beste

Nous arreste, lo, compaings, n'oyez- vous De Dorât la voix sacrée

Qui recrée Tout le ciel d'un chant si doulx?

lo, io, qu'on s'avance!

Il commence Encore à former ses chants, Célébrant en voix romaine

La fontaine Et tous les dieux de ces champs.

Prestons doncq à ses merveilles

Nos aureilles :

L'entusiasme limousin Ne luy permet de rien dire

Sur sa lyre Qui ne soit divin, divin.

J76 Gayetez

lo, io, quel doulx style

Se distile Parmy ses nombres divers ) Nul miel tant ne me recrée

Que m'agrée Le doux nectar de ses vers.

Quand je Tentends, il me semble

Que Pon m'embie Mon esprit d'un rapt soudain, Et que loing du peuple ferre

Soûls la terre Avec l'ame du Thebain,

Avecques l'ame d'Horace :

Telle grâce Se distile de son miel Et de sa voix limousine,

Vrayment digne D'estre Serene du ciel.

Ha! Vesper. brunette estoile,

Qui d un voile Partout embrunis les cienx, Las ! en ma faveur encore

Ne décore Sa grand' voûte de tes yeulx.

Tarde un peu^ noire coorriere^

Ta lumière Pour ouyr plus longuement La doulceur de sa parole

Qui m'aifole D'un si gay chatouillement. ,

Quoy 1 des astres la compaigoe, {a) a. Var. :

Q«oy / àt% astres la bergère

Trop légère Tu reviens faire ton tour?

ET Epigrammes. 377

Tu dédaigne Mon prier, et sans séjour Devant Fheure tu flarobojes

Et envoyés SouIs les ondes nostre jour?

Va, va, jalouse, chemine ;

Tu n'es aipie, Ny tes estoileSj a*ouyr Une chanson si parfaicte,

Qui n'est faicte Que pour les dieux esjouir.

Doncques, puisque la nuict sombre,

Pleine d'ombre.

Vient les montaignes saisir.

Retournons, troupe gentille,

Dans la ville Demy-soulez de plaisir.

Jamais l'homme, tant qu'il meure.

Ne demeure Fortuné parfaictement ; Toujours avec la lyesse

La tristesse Se mesle secrettemen t . ( ï $ S 2 • )

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