‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 201 sur 216 · GAYETÉ IV · texte numérisé non relu

GAYETÉ IV

'ay vescu deux mois, ou trois w Mieux fortuné aue les rois De la plus fertile Asie,

guand ma main tenoit saisie aie qui tient dans ses yeux Je ne sçay quoy qui vaut mieux

Sue les perles mdiennes, é les masses midiennes.

Mais depuis que deux guerriers, Deux soldars avanturiers.

Par une trêve mauvaise.

Sont venus corrompre l aise De mon plaisir amoureux, J*ay vescu plus malheureux - Qu un empereur de TAsie, De qui la terre est saisie.

Fait esclave sous la loy D*un autre plus vaillant roy. (a)

Las! si quelque hardiesse Enflamme vostre jeunesse; Si ramour de vostre Mars Tient vos cœurs, allez, soldars, Allez, bien-heureux gendarmes.

Allez, et vestez les armes; Secourez la fleur de lis !

Ainsi le vineux Denis,

. a, Var. :

Fait esclave sous les mains Des plus belliquaix Romains,

Gayetez

Le bon Bacchus porte-lance Soit tousjours vostre defFence.

Et quoy ! ne vaut-il pas mieux, Braves soldars furieux, De coups esclaircir tes foules.

Qu'ainsi effroyer les poules De vos sayons bigarrez?

Allez, et vous reparez De vos belles cottes d'armes; Allez, bien-heureux gendarnes, Secourez la fleur de lis!

Ainsi le vineux Denis, Le bon Bacchus porte-lance Soit tousjours vostre deffence.

Il ne faut pas que l'hyver Vous cngarde d'arriver Où la bataille se donne, Où le Roy mesme en personne, Plein d'audace et de terreur, Espouvantc FEmpereur, Tout blanc de crainte pourcusc, Dessus les bors de la Meuse.

A ce bel œuvre, guerriers, Serez-vous pas des premiers?

Ah ! que vous aurez de honte Si un autre vous raconte Combien le Roy print de forts.

Combien de sens seront morts A telle ou telle entreprise.

Et quelle ville fut prise Par eschelle ou par assaut, Combien le pillage vaut; En quel lieu l'inianterie.

En quel la gendarmerie Heureusement firent voir Les exploits de leur devoir.

Nobles de mille conauestes!

Lors vous baisserez les testes,

ET EPÏGRAMMES. 391

Et de iwnte aurez le leinl Tout vergoîiffneusement teint; Et, fraudez de telle gloire, N'osere» manger ny boire A Tescot des tavemiers, Ny jurer comme sauniers Contre les gens de village; Mais portant bas le visage, Et mal asseiurez du cœur, Tousjours vous mourrez de peur

?u*un bon guerrier ne brocarde ôstre lascheté couarde.

Donc si quelque honneur vous poingt, Soldars. ne cagnardez point; Suivez le train de vos pères, Et rapportez à vos mères Double honneur et double bien ; Vos sœars je garderay bien Sans vostre aide. Allez, gendarmes, Allez, et vestez les armes, Secourez-la fleur de lys!

Ainsi le vineux Denys, Le bon Bacchus porte-lance Soit tousjours vostre deifence.

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