‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 75 sur 216 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

Mais oe n'tst moy dont la Musé se vauitc; Soit bien, soit mal, Rossignolet, je chante Ainsy qat toy pour me donner plaisir^ Quand |'ay maistresse, argent et le loisir.

Quoy? qui t'esneut de caresser sans cesse De tes fredons Genevre nia maistressep

En ce eenérre, où tn chantes de nuit, Dessous rescorce une pncelle vit, A qui l'amour, la peur, et l'avanture Ont fait changer de Cace et de nature.

Un jour ce Dieu, qui a cornes au front, La poursuivoit d'un pied de chèvre pront. Ejle courant, ayant recours aux larmes, Ainsi pria : c Diane, par tes charmes Ou me transforme, ou bien Êiy-moy mourir; La seule mort me pourra secourir, Ains que Fardeur de ce bouquin je sente. »

A peine eut dit, qu'elle fut une plante ; Ses doigts longuets, ses bras veineux et beaux, A longs fourchons se fendent en rameaux ; Son pied derint une morne racine, Et une escorce entouma sa poitrine; Ses longs cheveux de crainte rebroussez.

Espars se sont en fueilles hérissez, Et la palleur qu'elle avoit en sa fuite Vit sur l'escorce et tousjours y habite.

Un jour lassé de la chasse des loups, Seul à l'escart je m'endormi dessous L'ombre hU\ ae ce genévre, et elle En corps humain m'apparut toute teNe Qu'elle fut lors que le bouc amoureux La poursuivoit par un taillis ombreux, Tant il avoit de ilames dedans l'ame Pour la beauté d'une si jeune dame.

Depuis ce jour jamais je n'ay cessé D'avoir le cœur de son amour blessé.

Et de languir pour un si beau visage.

Et toutesiois hautain de ton ramage,

120 Les Poèmes.

Chantant, sifflant, et faisant mille tours.

Tu veux tout seul jouïr de mes amours, Que de bon cœur. Rossignol, je te laisse; Car ton fredon mérite ma maistresse. {a)

Et oui dIus est, comme on voit un mary Plein ae nnesse entre dames nourry.

Faire en secret l'amour à sa voisine ; Quand il n'a pas une femme trop fine, La persuade, avec un beau parler, De la hanter, visiter, et d'aller Boire et manger souvent avecaues elle, A fin d'avoir (par une ruse telle) Plus de moyen d'œillader les beaux yeux Qui de son cœur se font victorieux.

Ainsi, rival, ta femme tu ameines Dedans cest arbre, où d'un nid fait de laines, Mousses, duvet, ses petits elle pond, Esclost, escouve, et abeche, qui sont Un an après, au retour des fueillages, Quarante jours Sereines des bocages.

Quoy? Rossignol, la voix ne te défaut!

Et par despit tu t'efforces plus haut I

Fuis qu'autrement ma verve poétique Ne peut gaigner ton ramage rustique, Va, Rossignol, tu auras seul pour toy L'arbre amoureux, qui n'a soucy de moy ; L'arbre gentil, et toutefois farouche.

Qui fait saigner aussi tost qu'on le touche.

I andis, Binet, que la fièvre me tient Reins, teste, flanc, la Muse m'entretient.

Et de venir à mon lit n'a point honte.

Or des propos que sa bouche me conte, Je t'en fais part, à fin qu'à l'advenir De ton Ronsard te puisse souvenir.

(1573.) a. Var. :

Car ta vaux mUux que ne fait ma maistresse.

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