‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 77 sur 216 · Cheval de Renaud de Montauban dans Ariofte · texte numérisé non relu

Cheval de Renaud de Montauban dans Ariofte

LlVRB PREMIER. 12)

Les beaux coursiers vistfr'pieds do Junon Vivent ainsi ; ils né mangent sinon Qu'air, qu'ambrosie ; ou, quand ils ont grand erre Conduit du ciel leur Royne en nostre terre, Mangent un peu de lotes dans les prez Qu'à sa grandeur Samos a consacrez.

Ainsi vivoit le dos-ailé Pégase, Qui fit sourcer la cime de Parnase ; Amsi Minerve, ainsi nourrit les siens (a) Phœbus, et Mars ses roussins Thraciens.

Ainsi le tien se nourrit sans pasture ; Car c'est, Belot, un cheval en peinture.

Qui me sert plus quand je suis à séjour, Songeant au lict, qu'il ne me sert le jour.

La chaude Afrique en certaine contrée A des jumens, qui en tournant l'entrée De leur nature au vent zephyrien, Sur le printemps vont concevant de rien ; Le tien venteux ^t issu de la race De ces jumens. qui mesme le vent passe.

On dit ou'ulvsse autrefois prit le vent; Mais ton cnevai, Belot, est si mouvant.

Si frétillant, qu'il ne veut pas permettre Qu'en ses longs crins les doigts on puisse mettre. Et du fin Grec la main ne le prendroit; Car tel cheval jamais ne l'attendroit.

Aurois-tu leu (ô teste rare et chère) Dedans les vers du fantastique Homère, Qu'un des chevaux d'Achille s'avança.

Et le trespas à son maistrê annonça?

Tu crains, voyant ma longue maladie.

Que ton cheval en parlant ne me die,

a. Var. :

Et le ckaal de VAuron qai passi Ceux du Soleil : ainsi nournt les siens

D'humaine voix quelque mal à venir, Et ce seul point te Pa fait retenir, (a)

Mon cher amy, j*ay bien voulu t*escrire Ces vers raillards, pour mieux te faire rire Après ta charge et le souci commun De concéder audience à chacun, Haut-eslevé au throne de justice, Aimant vertu et chastiant le vice.

Dieu, qui sous l'homme a le monde soumis, A Phomme.seul le seul rire a permis Pour s'égaler, et non pas à la beste Qui n'a raison ny esprit en la teste.

Il làut du rire honnestement user Pour vivre sain, non pour en abuser ; Car volontiers on jette à gorges pleines Le ris gui naist des actions vilaines.

Le ris est fils d'un acte vitieux ; On ne rit point d'un ceste glorieux, (b) %

Mais on l'admire et d un fait misérable On pleure; on craint qu'on ne tombe, semblable A ceux aue l'œil regarde langoureux ; Chacun désire un estre bien heureux.

Nous sommes nez à la mode commune :

Il faut souffrir l'une et l'autre fortune ;

a. Var. :

Prophetizant, qudaue funèbre mot :

Garde-le bien, je nen veux point, Belot,

b, Var. En 1578, la pièce se termine ainsi :

Mais on V admire : ainsi tu pourras rire De ma folie, et de t'oser escrire Je ne sçay quoy qui m'est encor plus vain Que ton cheval qui n'a selle ny frain.

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