Livre second. i5r
Des affaires de France atec Fespaule large, Et toutesfois c'est toy^ qui en portes Fa charge.
S'il arrive un paquet d'Itale, ou plus avant, Soit de Corse ou de Grece^ ou du fcout du Levant, Ils le dépliront bien, mais il te fendra mettre En ton estude après pour respondre à la lettre. Car ainsi que le ciel ne soustient ou'un soleil, France n'a qu'un Du Thier, qui n a point de pareil. Ou soit pour sagement les estrangers semondre. Ou soit pour cautement à leurs paquets respondre; Car soit en stile bas, ou en stile hautain.
Les grâces du François s'écoulent de ta main.
Nul homme ne se vante estre heureux en la prose, -
?ue pour certain exemple aux yeux ne se propose es escrits et ton stHe, et pour exerciter Sa main, il ne travaHIe à te contre-imiter.
[On cfit que Geryon, qur tripfa les conqnestes De la masse d'Hercule, avoit au chef trois testes. Tu en as plus de mille, au moins mille cerveaux Que tu empesches tous à mille faix nouveaux ; Car soit que le solefl abandonne h source De son hoste océan, et appreste à la course Son char, à qui PAurore a de sa belle main Attelé les chevaux et rangés sous le frein.
Ou soit qu'en plein midy ses rayons il nous darde Et à plomb dessous hiy toutes choses regarde. Ou soit qu'en devallant plein ée soif et drahan Il s'aille rebaigner aux flots de l'océan Et que son char en garde aux Dieux marins il baille, Ton esprit n'a repos, qui sans cesse travaille Et ta langue et ta main : l'esprit en inventant, La main en escrivant, et la langue en dictant Quelque lettre à tes clercs ; ou secret tu déchiffres Dedans ta chambre à part les énigmes de chiffres '^ue te baille un courrier nouvellement venu,
Àïn que le secret du Roy ne soit cognu.} (*) I . Cepassagen'estsuppriméquedansleséditionsposthumes.
152 Les Poèmes.
Icy un Alleman des nouvelles t'apporte, Icy un Espagnol se tient devant ta porte; L^Anglois, ntaiien, et PEscossois aussi Font la presse à ton huis, et te donnent souci; L'un cecy, Tun cela, diversement demande j Puis il te faut signer ce que le Roy commande, Qui selon les effets de divers arcumens Te baille en moins d'un jour mille commandemens, De petits, de moyens et de grande importance.
Encor as- tu le soin des grands trésors de France; Tailles, tributs, empruns, décimes et impos^ Ne laissent ton esprit un quart d'heure en repos^ Qui se plaist d'achever mille choses contraires, Et plus est vigoureux, tant plus il a d'affaires. Ainsi comme un poisson se nourrit en son eau, Et une salemandre au brasier d'un fourneau, Tu te plais en ta peine; et ta verde vieillesse Se nourrit du travail qui jamais ne te laisse.
Quand tu vas au matin aux affaires du Roy, Une tourbe de cens frémit toute après toy, Qui deçà, qui delà tes costez environnent, Et tous aivers propos à tes aureilles sonnent; L'un te baille un placet, l'un te va conduisant Pour luy faire donner au Roy quelque présent ; L'autre (qui a de prés ton aureille approchée) Demande si sa lettre a esté dépeschée ; L'un est fasché d'attendre, et n'a repos aucun Que tousjcurs ne te suive et te soit importun; lyâutre plus gracieux te fait la révérence, Et l'autre te requiert l'avoir en souvenance: Bref la foulle te presse, et demeine un grand bruit Tout à l'entour de toy, comme un torrent qui fuit Bouillonnant par le fond des pierreuses valées, Quand dessous le printemps les neiges sont coulées.
Tu n'as si tost disné. qu'il ne te faille aller Au conseil, pour ouïr des affaires parler ; Puis au coucher du Roy, puis selon ta coustume Presque toute la nuit veiller avec la plume.