ADIEUX A LA CAMPAGNE
Air : Muse des bois et des accords champêtres.
Soleil si doux au déclin de l'automne, Arbres jaunis, je viens vous voir encor.
N'espérons plus que la haine pardonne A mes chansons leur trop rapide essor.
Dans cet asile, où reviendra Zéphire, J'ai tout rêvé, même un nom glorieux.
* Celle chanson, faite dans le mois de novembre 1821, ft.t copiée el distribuée au tribunal le jour de la première condamnation de l'auteur.
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Ciel vaste et pur, daigne encor nie sourire ; Échos des bois, répétez mes adieux.
Comme l'oiseau, libre sous la feuiiiée, Que n'ai -je iei laissé mourir mes chants !
Mais de grandeurs la France dépouillée Courbait son front sous le joug des méchants. Je leur lançai les traits de la satire; Pour mon bonheur l'amour m'inspirait mieux.
Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ; Echos des bois, répétez mes adieux.
Déjà leur rage atteint mon indigence *,
Au tribunal ils traînent ma gatté ;
D'un masque saint ils couvrent leur vengeance :
Rougiraient-ils devant ma probité ?
Ah! Dieu n'a point leur cœur pour me maudire:
L'intolérance est fille des faux dieux.
Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ;
Échos des bois, répétez mes adieux.
Sur des tombeaux si j'évoque la Gloire, Si j'ai prié pour d'illustres soldats, Ai— je à prix d'or, au pied de la Victoire, Encouragé le meurtre des États?
Ce n'était point le soleil de l'Empire Qu'à son lever je chantais dans ces lieux.
* Lorsque le recueil de 4821 parut, ce fut le ministère qui força les membres du conseil de l'Université d'ôter à l'auteur le modique emploi d'expéditionnaire qu'il occupait depuis douze ans. Au reste, on l'avait prévenu que, s'il faisait imprimer ses nouvelles chansons, il perdrait cet emploi.
il CHANSONS
Ciel vaste el pur, daigne encor me sourire; Échos des bois, répétez mes adieux.
Que, dans l'espoir d'humilier ma vie, Rcliart s'amuse à mesurer mes fers; Même aux regards de la France asservie Un noir cachot peut illustrer mes vers.
A ses barreaux je suspendrai ma lyre, La Renommée y jettera les yeux.
Ciel vaste et pur, daigne encor ine sourire ; Échos des bois, répétez mes adieux.
Sur ma prison vienne au moins Philomèle; Jadis un roi causa tous ses malheurs.
Partons : j'entends le geôlier qui m'appelle. Adieu les champs, les eaux, les prés, les fleurs. Mes fers sont prêts : la liberté m'inspire, Je vais chanter son hymne glorieux, tliel vaste et pur, daigne encor me sourire; Échos des bois, répétez mes adieux.