‹ Œuvres complètes de P. J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvelles (volume 2)Chapitre 111 sur 177 · LES CINQ ÉTAGES · texte numérisé non relu

LES CINQ ÉTAGES

Aiu : Dans celte maison à quinze uns; ou J'itais bon chasseur autrefois.

Dans la soupente du portier Je naquis au rez-de-chaussée.

Par tous les laquais du quartier A quinze ans je fus pourchassée.

Mais bientôt un jeune seigneur M'enlève à leur doux caquetage.

Ma vertu me vaut cet honneur:

Kt je monte au premier étage.

Là, dans un riche appartement,

Mes mains deviennent des plus blanches

Grâce à l'or de mon jeune amant,

Là, tous mes jours sont des dimanches;

Mais, par trop d'amour emporté,

Il meurt. Ah! pour moi quel veuvage!

Mes pleurs respectent ma beauté,

Et je monte au deuxième étage.

Là, je trompe un vieux duc et pair Dont le neveu touche mon âme :

Ils ont d'un feu payé bien cher, L'un la cendre et l'autre la flamme.

Vient un danseur : nouveaux amours; La noblesse alors déménage.

gft CHANSONS

Mon miroir me sourit toujours, Et je monte au troisième étage.

Là, je plume un bon gros Anglais Qui me croit et veuve et baronne, Puis deux financiers vieux et laids, Même, un prélat, Dieu me pardonne !

Mais un escroc que je chéris Me vole en parlant mariage.

Je perds tout; j'ai des cheveux gris, . Et je monte encore un étage.

Au quatrième, autre métier :

Des nièces me sont nécessaires; Nous scandalisons le quartier, Nous nous moquons des commissaires.

Mangeant mon pain à la vapeur, Des plaisirs je fais le ménage.

Trop vieille, enfin je leur fais peur, Et je monte au cinquième étage.

Dans la mansarde me voilà.

Me voilà pauvre balayeuse.

Seule et sans feu, je finis là Ma vie au printemps si joyeuse.

Je compte à mes voisins surpris Ma fortune à différents âges, Et j'en trouve encor des débris En balayant les cinq étages.

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i/alchimiste*\

Air de la lionne vieille, oh d'Arislippc.

Tu vas, dis-tu, vieux et pauvre alchimiste,

Tirer de l'or des métaux indigents,

Et, faisant plus pour moi que l'âge attriste.

Me rajeunir par de secrets agents.

J'ouvre ma bourse à ta science occulte;

Mon cœur crédule au grand œuvre a recours.

Chacun pourtant conservera son culte.

Tout l'or pour toi, mais rends- moi mes beaux jou is.

Sur ce brasier souffle donc en silence,

Ou d'un vieux livre interroge les mots *'•.

Ton art est sûr : le Pactole et Jouvence

Dans ce creuset vont marier leurs flots.

L'œil sur ce feu, que tu rêves de choses !

Vois-tu déjà le sourire des cours?

Moi, pour mon front je n'attends que des roses.

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mesbeaux jours.

Ivre d'espoir, quel délire t'égare !

« rois! dis-tu, baisez mes pieds poudreux.

« J'aurai plus d'or que Gortez et Pizarre

« N'en ont conquis pour d'autres que pour eux. >•

Naguère encor, toi qui vivais d'aumônes,

Itéjà l'orgueil rugit dans tes discours.

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Achète au poids et sceptres et couronnes.

Tout l'or pourtoi, mai s rends- moi mesbeaux jours.

Oui, rends-moi-les avec leur indigence; Rends à mon âme un corps plus vigoureux ; A mon esprit ôte l'expérience ; Souffle en mon cœur un sang plus généreux.

Fuis, Réchappant de ton palais de marbre, En char pompeux bercé sur le velours, Vois-moi dormir, heureux au pied d'un arbre.

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mesbeaux jours.

Je sais pourtant ce que vaut la richesse :

Mais j'aime encor; je possède, et, cent fois, J'ai craint de voir ma trop jeune maîtresse Compter mes ans et les siens par ses doigts.

C'est du soleil qui sied à sa peau brune ; C'est de l'été qu'il faut à nos amours.

Celle que j'aime est sourde à la fortune.

Tout l'or pour toi , mais rends-moi mesbeaux jours.

Mais au creuset ta main que trouve-t-elle?

Rien! te voilà plus pauvre et moi plus vieux. « Non, non, dis-tu; demain, lune nouvelle; « Recommençons; demain nous serons dieux. »

Tu mens, vieillard; mais d'erreurs caressantes J'ai tant besoin, que je te crois toujours.

Sur mon front nu vois ces rides naissantes.

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mesbeaux jours.

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