‹ Œuvres complètes de P. J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvelles (volume 2)Chapitre 113 sur 177 · JEANNE LA ROUSSE · texte numérisé non relu

JEANNE LA ROUSSE

ou LA FEMME DU BRÀCONNIEÏi.

Air : Soir et malin sur la fougiVp.

Un enfant dorl à sa mamelle; Elle en porte un aulre à son dos.

L'aîné, qu'elle traîne après elle, Gèle pieds nus dans ses sabots.

Hélas! des gardes qu'il courrouce, Au loin le père est prisonnier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse ; On a surpris le braconnier.

Je l'ai vue heureuse et parée; Elle cousait, chantait, lisait; Du magister fille adorée, Par son bon coeur elle plaisait.

J'ai pressé sa main blanche et douce

En dansant sous le marronnier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse; On a surpris le braconnier.

Un fermier riche et de son âge.

Qu'elle espérait voir son époux, La quitta parce qu'au village On riait de ses cheveux roux, Puis deux, puis trois; chacun repousse Jeanne, qui n'a pas un denier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse; On a surpris le braconnier.

Mais un vaurien dit : « Rousse ou hlonùV, « Moi, pour femme je te choisis. « En vain les gardes font la ronde, « J'ai bon repaire et trois fusils.

« Faut- il bénir mon lit de mousse, « Du château payons l'aumônier. »

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse; On a .surpris le braconnier.

Doux besoin d'être épouse et mère Fit céder Jeanne, qui, trois fois, Depuis, dans une joie amère, Accoucha seule au fond des bois.

Pauvres enfants! chacun d'eux pousse Frais comme un bouton prinlanier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse, On a surpris le braconnier.

^>uel miracle un bon cœur opère!

DB BÉRANGEll. 2GÔ

Jeanne, iidèle à ses devoirs, Sourit encor ; car de leur père Ses fils auront les cheveux noirs.

Elle sourit; car sa voix douce Rend l'espoir à son prisonnier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse :

On a surpris le braconnier.

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