‹ Œuvres complètes de P. J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvelles (volume 2)Chapitre 115 sur 177 · LA NOSTALGIE · texte numérisé non relu

LA NOSTALGIE

ou LA MALADIE DU PAYS.

Ain de lu République.

Vous m'avez dit : « A Paris, jeune pâtre, « Viens, suis-nous, cède à tes nobles penchants. « Notre or, nos soins, l'étude, le théâtre, « T'auront bientôt fait oublier les champs. » Je suis venu ; mais voyez mon visage :

Sous tant de feux mon printemps s'est fané, r. h. as

i(iï CHANSONS

Ah! rendez-moi, rendez-moi mon village, Et la montagne où je suis né !

La lièvre court triste et froide en mes veines; A vos désirs cependant j'obéis.

Ces I>als charmants où les femmes sont reines, J'y meurs, hélas î j'ai le mal du pays.

En vain l'étude a poli mon langage; Vos arts en vain ont ébloui mes yeux.

Ah î rendez-moi, rendez-moi mon village, Et ses dimanches si joyeux !

A\ ee raison vous méprisez nos veilles, Nos vieux récits et nos chants si grossiers.

De la féerie égalant les merveilles, Votre Opéra confondrait nos sorciers.

Au Saint des saints le ciel, rendant hommage, De vos concerts doit emprunter les sons.

Ah! rendez-moi, rendez-moi mon village, Et sa veillée et ses chansons !

i\os toits obscurs, notre église qui croule.

M'ont à moi-môme inspiré des dédains.

Des monuments j'admire ici la foule, Surtout ce Louvre et ses pompeux jardins.

Palais magique, on dirait un mirage (Jue le soleil colore à son coucher.

Ah! rendez-moi, rendez-moi mon village, El ses chaumes et son clocher !

Convertissez le sauvage idolâtre;

Très de mourir, il retourne à ses dieux.

!>B UÉRANGER. 267

Là-bas, mou chien m'attend auprès de l'atre : Ma mère en pleurs repense à nos adieux.

J'ai vu cent fois l'avalanche et Forage, L'ours et les loups fondre sur mes brebis.

Ah ! rendez-moi, rendez-moi mon village, Et la houlette et le pain bis.

Ou'entends-je, ôciel ! pour moi remplis d'alarmes « Pars, dites-vous, demain pars au réveil.

« C'est l'air natal qui séchera tes larmes ; « Va refleurir à ton premier soleil. »

Adieu, Paris, doux et brillant rivage, Oïi l'étranger reste comme enchaîné.

Ah! rendez-moi, rendez-moi mon village, Et la montagne où je suis né.

Page 1