‹ Œuvres complètes de P. J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvelles (volume 2)Chapitre 120 sur 177 · CHANSON -PROSPECTUS · texte numérisé non relu

CHANSON -PROSPECTUS

l'Ollll LES ŒUVRES TE CE CHANSONNIF.il.

Ain : Dis-moi, soldat, t'en souviens-tu?

Le pauvre Emile a passé comme une ombre, Ombre joyeuse et chère aux bons vivants.

Ses gais refrains vous égalent en nombre, Fleurs d'acacia qu'éparpillent les vents.

Debraux, dix ans, régna sur la goguette, Mit l'orgue en train et les chœurs des faubourgs, Et roulant, roi, de guinguette en guinguette, Du pauvre peuple H chanta les amours.

Toujours enfant, gai jusqu'à faire envie, En étourdi vers le plaisir poussé,

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Pouffant de rire à voir couler sa vif»

Comme le vin d'un tonneau défoncé; Sifflant le sot sous les croix qu'il découvre. Ou sur son char le grand mal affermi, Sans s'informer par où Ton monte au Louvre.

Du pauvre peuple il est resté l'ami.

Mais, dites-vous, il avait donc des rentes?

Eh! non, messieurs; il logeait au grenier.

Le temps, au bruit des fêtes enivrantes, Râpait, râpait l'habit du chansonnier.

Venait l'hiver : le bois manquait à l'âtre; La vitre, au nord, étincelait de fleurs; II grelottait, mais sa muse folâtre Du pauvre peuple allait sécher les pleurs.

De l'oeil des rois on a compté les larmes ; Les yeux du peuple en ont trop pour cela :

La France alors pleurait l'éclat des armes Et les grandeurs dont le cours l'ébranla.

Ta voix, Emile, évoquant notre histoire, Du cabaret ennoblit les échos ; C'était l'asile où se cachait la gloire :

Le pauvre peuple aime tant les héros!

Bien jeune, hélas! il descend dans la fosse.

Je l'ai conduit où, vieux, j'irai demain.

Chantant au loin, des buveurs à voix fausse Aux noirs pensers m'arrachaient en chemin.

C'étaient ses chants que disait leur ivresse, Chants que leurs fils sauront bien rajeunir.

De son passage est* il un roi qui laisse

An pauvre peuple un si doux souvenir?

De sa famille allégez l'indigence; Riches et grands, achetez ce recueil.

A tant d'esprit passez la négligence :

Ah ! du talent le besoin est recueil.

Ne soyez pas ingrats pour nos musettes:

Songez aux maux que nous adoucissons.

Pour s'en tenir au. lot que vous lui faites Le pauvre peuple a besoin de chansons.

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