‹ Œuvres complètes de P. J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvelles (volume 2)Chapitre 123 sur 177 · PONIATOWSKI · texte numérisé non relu

PONIATOWSKI

Air des Trois couleurs.

Quoi ! vous fuyez, vous, les vainqueurs du monde! Devant Leipzig le sort s'est-il mépris?

Quoi ! vous fuyez ! et ce fleuve qui gronde D'un pont qui saute emporte les débris !

Soldats, chevaux, pêle-mêle» et les armes : Tout tombe là; l'Elster roule entravé.

Il roule sourd aux vœux, aux cris, aux larmes : « Rien qu'une main (bit), Français, je suis sauvé! »

« Rien qu'une mai al malheur à qui l'implore! « Passons, passons* S'arrêter! et pour qui? » Pour un héros que le fleuve dévore :

Rlessé trois fois, c'est Poniatowski.

Qu'importe ! on fuit. La frayeur rend barbare. A pas un cœur son cri n'est arrivé.

De son coursier le torrent le sépare :

« Rien qu'une main, Français, je suis sauvé I >

Il va périr; non; il lutte, il surnage;

Di; kbhanc;kk. «h

il *e rattache aux long» crins du coursier.

« Mourir noyé! dit il, lorsqu'au rivage

« J'entends le feu, je vois luire l'acier î

x Frères, à moi! vous vantiez ma vaillance.

« Je vous chéris ; mon sang l'a bien prouvé.

« Ah ! qu'il m'en reste à verser pour la Frauce!

« Rien qu'une main, Français, je suis sauvé ! »

Point de secours ! et sa main défaillante Lâche sou guide : adieu, Pologne, adieu !

Mais un doux rêve, une image brillante Dans son esprit descend du sein de Dieu.

« Que vois-je? enfin, l'aigle blanc se réveille, « Vole, combat, de sang russe abreuvé.

« Un chant de gloire éclate à mon oreille.

« Rien qu'une main, Français, je suis sauvé! »

Point de secours! il n'est plus, et la rive Voit l'ennemi camper dans se* roseaux.

Ces temps sont loin, mais une voix plaintive Dans l'ombre encore appelle au fond des eaux ; Et depuis peu (grand Dieu, fais qu'on me croie! ) Jusques au ciel son cri s'est élevé.

Pourquoi ce cri que le ciel nous renvoie :

« Rien qu'une main, Français, je suis sauvé!

C'est la Pologne et son peuple Jldèlo Qui tant de lois a pour nous combattu ; Elle se noie au sang qui coule d'elle, Sang qui s'épuise en gardant sa \ erlu .

Comme ce chef mort pour notre patrie, Corps en lambeaux dans TBlster retrouvé.

*tt CHANSONS

Au bord du gouffre un peuple entier nous crie : « Rien qu'une main (bis), Français, je suis sauvé! »

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