‹ Œuvres complètes de P. J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvelles (volume 2)Chapitre 136 sur 177 · R I A MORT DES JEUNES VICTOR ESCOUSSE ET AUGUSTE LEBRAS 6I · texte numérisé non relu

R I A MORT DES JEUNES VICTOR ESCOUSSE ET AUGUSTE LEBRAS 6I

Ftafer mi.

Ain d'Angéline (de Wilhem) ; ou du Tailleur et de la Fc-p.

Quoi ! morts tous deux ! dans cette chambre close Où du charbon pèse encor la vapeur !

Leur vie, hélas! était à peine éclose.

Suicide affreux! triste objet de stupeur!

Ils auront dit : Le monde fait naufrage :

Voyez pâlir pilote et matelots.

Vieux bâtiment usé par tous les flots, 1T s'engloutit; sauvons-nous à la nage.

3!8 V. Il A N S .\ S

Et, vers le ciel se frayant un chemin, Us sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! l'écho murmure encore L'air qui berça votre premier sommeil.

Si quelque brume obscurcit votre aurore.

Leur disait-on, attendez le soleil.

Ils répondaient : Qu'importe que la sève Monte enrichir les champs où nous passons!

Nous n'avons rien; arbres, fleurs ni moissons. Est-ce pour nous que le soleil se lève?

Et, vers le ciel se frayant un chemin, lis sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! calomnier la vie !

C'est par dépit que les vieillards le font.

Est-il de coupe où votre âme ravie, En la vidant n'ait vu l'amour au fond?

Ils répondaient : C'est le rêve d'un ange.

L'amour! en vain notre voix l'a chanté.

De tout son culte un enfant est resté; Y touchions-nous, l'idole était de fange.

Et, vers le eiel se frayant un chemin, Us sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! mais, les plumes venues, Aigles un jour, vous pouviez, loin du nid, Bravant la foudre et dépassant les nues, La gloire en face, atteindre à son zénith.

Ils répondaient : Le laurier devient cendre, Cendre qu'an vent l'Envie aime à jeter; Et notre vol dût-il si haut monter.

DE fiKIUNGKK. ôltf

Toujours près d'elle il faudra redescendre.

Et, vers le ciel se frayant un chemin, Jls sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants ! quelle douleur ainère N'apaisent pas de saints devoirs remplis?

Dans la patrie on retrouve une mère, Et son drapeau nous couvre de ses plis.

Us répondaient : Ce drapeau qu'on escorte Au luit du chef le protège endormi; Mais le soldat, teint du sang ennemi, Veille, et de faim meurt en gardant la porte. Et, vers le ciel se frayant un chemin.

Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants? de fantômes funèbres Quelque nourrice a peuplé vos esprits.

Nais un Dieu brille à travers nos ténèbres :

Sa voix de père a dû calmer vos cris.

Ah ! disaient-ils, suivons ce trait de flamme. N'attendons pas, Dieu, que ton nom puissant, Qu'on jette en l'air comme un nom de passant. Soit, lettre à lettre, effacé de notre âme.

Et, vers le ciel se frayant un chemin, Us sont partis en se donnant la main.

Dieu créateur, pardonne à leur démenée.

Us s'étaient faits les échos de leurs sons, Ne sachant pas qu'en une chatne immense.

Non pour nousseuls, maispourtous, nous naissons. L'humanité manque de saints apôtres Qui leur aient dit : Enfants, suivez la loi.

Aimer, aimer, c'est être utile à soi; Se faire aimer, c'est être utile aux autres.

Et, vers Je ciel se frayant un chemin, Ils sont partis en se donnant la main.

Page 1