‹ Œuvres complètes de P. J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvelles (volume 2)Chapitre 174 sur 177 · H'BLIR PANS LA LIVRAISON DU 26 MAI · texte numérisé non relu

H'BLIR PANS LA LIVRAISON DU 26 MAI

Ain des Trois couleurs.

Toujours prophète, en mon saint ministère, Sur l'avenir j'ose interroger Dieu.

Pour châtier les princes de la terre, Dans l'ancien monde un déluge aura lieu.

Déjà, près d'eux, l'Océan sur ses grèves Mugit, se gonfle : il vient, maîtres, voyez!

Voyez, leurs dis-je. Ils répondent : Tu rêves. Ces pauvres rois (bis), ils seront tous noyés.

Que vous ontfait, mon Dieu, ces bons monarques? 11 en est tant dont on bénit les lois!

De jougs trop lourds sinousportons les marques, C'est qu'en oubli le peuple a mis ses droits. Pourtant les flots précipitent leur marche Contre ces chefs jadis si bien choyés.

Faute d'esprit pour se construire une arche, Ces pauvres rois (bis), ils seront tous noyés.

Qui parle aux flots? un despote d'Afrique , Noir fils de Cham, qui règne les pieds nus.

»Soumis, dit-il, à mon fétiche antique,

Flots qui grondez, doublez mes revenus.

Et ce bon roi, prélevant un gros lucre Sur les forbans à la traite employés, Vend ses sujets pour nous faire du sucre.

Ces pauvres rois (bis), ils seront tous noyés.

Accourez tous! crie un sultan d'Asie :

Femmes, vizirs, eunuques, icoglans.

Je veux, des flots domptant la frénésie, Faire une digue avec vos corps sanglants.

Dans son sérail tout parfumé de fêtes, D'où vont s'enfuir se» gardes effrayés, Il fume, il bâille, il fait voler des tètes.

Ces pauvres rois (bit), ils seront tous noyés.

Dans notre Europe, où naft ce grand déluge, Unis ea vain pour se prêter secours, Tous ont crié : Dieu, soyez notre juge; Dieu leur répond : Nagez, nagez toujours. Dans l'Océan ces augustes personnes Vont s'engloutir; leurs trônes sont broyés; On bat monnaie avec l'or des couronnes.

Ces pauvres rois (bis), ils seront tous noyés.

Cet Océan, quel est-il, ô prophète !

Peuples, c'est nous, affranchis de la faim, Nous, plus instruis, consommant la défaite De tant de rois inutiles enfin.

Dieu fait passer sur ces fils indociles Nos flots mouvants, si longtemps fourvoyés.

Puis, le ciel brille et les flots sont tranquilles Ces pauvres rois (bis), ils seront tous noyés.

DE BÉHANtiElt. »85

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