‹ Œuvres complètes de P. J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvelles (volume 2)Chapitre 38 sur 177 · LE CACHET · texte numérisé non relu

LE CACHET

ou

LliTïliE A SOI'UIË.

Ans de la bonne Vieille, de B. Wiliium.

11 vient do loi, ce cachet où le lierre Serpente en or, svnibolc ingénieux; Cachet où l'art a gravé sur la pierre Un jeune amour au doigt mystérieux.

Il est sacré : mais en vain, ma Sophie, À ton amant il offre son secours; De son pouvoir ma plume se défie.

Plus de secret, môme pour les amours !

Pourquoi, dis- tu, si loin de ton amie, Quand une lettre adoucit ses regrets, Pourquoi penser qu'une main ennemie Brise le dieu qui scelle nos secrets?

Je ne crains point qu'un jaloux en délire, Jamais, Sophie, à ce crime ait recours.

Ce que je crains, je tremble de l'écrire.

Plus de secret, même pour les amours!

11 est, Sophie, un monstre à l'œil perfide \

* Lu police. On fait honneur de son invention au gouvernement inquisiloriul de Venise.

DE DERANGE». 8a

Qui de Venise ensanglanta les lois :

il tend la main au salaire homicide, Souffle la peur dans l'oreille des rois; Il veut tout voir, tout entendre, tout lire; Cherche le mal et l'invente toujours; D'un sceau fragile il amollit la cire.

Plus de secret, même pour les amours!

Ces mots tracés pour toi seule, ô Sophie î Son œil affreux avant toi les lira.

Ce qu au papier ma tendresse coniic Ira grossir un complot qu'il vendra.

Ou bien, dit-il, de ce couple qui s'aime Livrons la vie au sarcasme des cours, Et déridons l'ennui du diadème.

Plus de secret, même pour les amours !

Saisi d'effroi, je repousse la plume Qui de l'absence eût calmé la douleur.

Pour le cachet la cire en vain s'allume, On le rompra : j'aurai fait ton malheur.

Par le grand roi qui trahit La Vallière, Ce lâche abus fut transmis à nos jours *.

Cœurs amoureux, maudissez sa poussière.

Plus de secret, même pour les amours !

* L'établissement du Cabinet noir, où le secret des lettres fut tant de fois violé, remonte au règne de Louis XIV. Son successeur se faisait un amusement des révélations scandaleuses qu'on arrachait ainsi aux correspondances particulières.

Après la Révolution de juillet, le Cabinet noir fut supprimé.

Page 1