LA VERTU DE LISETTE
Ain : Je loge au quatrième étage.
Quoi! de la vertu de Lisette Vous vous plaignez, dames de cour !
Eh bien ! d'accord : elle est grisette; C'est de la noblesse en amour, (bis.) Le barreau, l'Église et les armes De ses yeux noirs font très-grand cas.
Lise ne dit rien de vos charmes; ) De sa vertu ne parlons pas. j
D'avoir fait de riches conquêtes L'osez-vous bien railler encor, Quand le peuple hébreu dans ses fêtes Vous voit adorer son veau d'or?
L'empire a, pour plus d'un service, Longtemps soudoyé vos appas.
Lise est mal avec la police; De sa vertu ne parlons pas.
Point de cendre si bien éteinte Qu'elle n'y retrouve du feu; Un marquis dont la vie est sainte Veut à la cour la mettre en jeu.
Par elle illustrant son mérite, Sur les ducs il aura le pas.
Lisette sera favorite :
De sa vertu ne parlons pas.
bis.
Çà, mesdames les dénigrantes, Si cet honneur vient la trouver, Vous vous direz de ses parentes, Vous ferez cercle à son lever.
Mais, dût son triomphe et ses suites De joie enfler tous les rabats, Se confessât- elle aux jésuites, De sa vertu ne parlons pas.
Croyez-moi, bearutés monarchiques, Le mot vertu, dans vos caquets, Ressemble aux grands noms historiques Que devant vous crie un laquais (bis.) Les échasses de l'étiquette Guindent bien haut des cœurs bien bas :
De la cour Dieu garde Lisette ! ) , .
De sa vertu ne parlons pas.
LE VOYAGEUK.
Auv : Mus ou est de fous, plus on rit [saut la reprise finale) . LE VIKILLABO.
Voyageur, dont Tàge intéresse, Quel chagrin flétrit tes beaux jours '.'
LE VOYAGEUR
Bon vieillard, plaignez ma jeunesse, En butte aux orages des cours.
LE VIEILLARD
Le sort est injuste sans doute,
T. II. o
Mais n'est pas toujours rigoureux.
Dieu, qui m'a placé sur ta route, Dieu t'offre un ami (bis), sois heureux.
LE VOYAGEUR
Mes maux sont de tristes exemples Du pouvoir des dieux ici-bas.
Bientôt le crime aura des temples; Des palais il doit être las.
LE VIEILLARD
Prends mon bras, car un long voyage Endolorit tes pieds poudreux.
Comme toi j'errais à ton âge.
Dieu t'offre un ami (bis); sois heureux.
LE VOÏAGËUK.
. Quand j'invoquai, dans la tempête.
Ce Dieu qu'on dit si consolant, Les poignards levés sur ma tête Portaient gravé son nom sanglant.
LE VIEILLARD
Te voici dans mon ermitage ; Versons-nous d'un vin généreux.
Hélas ! mon fils aurait ton âge.
Dieu t'offre un ami (bis); sois heureux.
LE VOYAGEUR
Non, il n'est pas d'Être suprême Qui peuple seul l'immensité ; Et cet univers n'est lui-même Qu'une grande inutilité.
DE BÉHANGEH.
LE VIEILLARD
Vois ma fille, à qui ta détresse Arrache un soupir douloureux :
Elle a consolé ma vieillesse. Dieu t'offre un ami (M$);*sois heureux.
LE VOYAGEUR
Dans cette nuit profonde et triste Ce Dieu vient-il guider nos pas?
Ah! qu'importe enfin qu'il existe, Si pour lui nous n'existons pas?
LE VIEILLARD
Voici ta couche et ta demeure :
Chasse tes rêves ténébreux.
Tiens-moi lieu du fils que je pleure.
Dieu t'offre un ami (bis); sois heureux.
L'étranger reste ; il plaît, il aime,
Et, de fleurs bientôt couronné,
Époux et père, il va lui-même
Dire à plus d'un infortuné :
« Le sort est injuste sans doute,
Mais n'est pas toujours rigoureux.
Dieu, qui m'a placé sur ta route,
Dieu t'offre un ami (bis); sois heureux. »
6iiÉJô2U
Of.TAVIE.
48t3. Ain «les Comédiens.
Viens parmi nous, qui brillons de jeunesse, Prendre un amant, mais couronné de fleurs :
Viens sous l'ombrage, où, libre avee ivresse, . La Volnpté seule a versé des pleurs.
Ainsi parlaient des enfants de l'empire A la beauté dont Tibère est charmé.
Quoi ! dirent-ils, la colombe soupire Au nid sanglant du vautour affamé!
Belle Octavie! à tes fêtes splendides, Dis-nous, la joie a-t-elle jamais lui?
Ton char, traîné par six coursiers rapides, Laisse trop loin les Amours après lui.
Sur un vieux maître, aux Romains qu'elle outrage, Tant d'opulence annonce ton crédit; Mais sous la pourpre on sent ton esclavage, Et, tu le sais, l'esclavage enlaidit.
Marche aux accords des lyres parasites; Que par les grands tes vœux soient épiés.
Déjà, dit-on, nos prêtres hypocrites Ont de nos dieux mis l'encens à tes pieds.
Mais à la cour lis sur tous les visages, Traîtres, flatteurs, meurtriers, vils faquins. D'impurs ruisseaux, gonflés par nos orages, Font déborder cet égout des Tarquins.
Tendre Octavie, ici rien n'effarouche Le dieu qui cède à qui mieux le ressent.
Ne livre plus les roses de ta bouche Aux baisers morts d'un fantôme impuissant.
Viens parmi nous, qui brillons de jeunesse, Prendre un amant, mais couronné de fleurs ; Viens sous l'ombrage, où, libre avec ivresse, La Volupté seule a versé des. pleurs.
Accours ici purifier tes charmes; Les délateurs respectent nos loisirs.
Tous à leur prince ont prédit que nos armes Se rouilleraient à l'ombre des plaisirs.
Sur les coussins où ta douleur l'enchaîne, Quel mal, dis-tu, vous fait ce roi des rois ? Vois-le d'un masque enjoliver sa haine, Pour étouffer notre gloire et nos lois.
Vois ce cœur faux, que cherchent tes caresses, De tous les siens n'aimer que ses aïeux; Charger de fers les muses vengeresses, Et par ses mœurs nous révéler ses dieux.
Peins-nous ses feux, qu'en secret tu redoutes,
Quand sur ton sein il cuve son nectar,
iOi CUANSOMS
Ces feux infects dont s'indignent les voûte»
Où plane encor l'aigle du grand César.
Ton sexe faible est oublieux des crimes; Mais dans ces murs ouverts à tant de pleurs, N'entends-tu pas des ombres de victimes Mêler leurs cris à tes soupirs trompeurs?
Sur le tyran et sur toi le ciel gronde :
Avec les siens ne confonds plus tes jours.
Ah ! trop souvent la liberté du monde A d'un long deuil affligé les Amours.
Viens parmi nous, qui brillons de jeunesse, Prendre un amant, mais couronné de fleurs; Viens sous l'ombrage, où, libre avec ivresse. La Volupté seule a versé des pleurs.