‹ Œuvres complètes de P. J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvelles (volume 2)Chapitre 51 sur 177 · LES ESCLAVES GAULOIS · texte numérisé non relu

LES ESCLAVES GAULOIS

CHANSON AIiFlESSÉE A VANCEI..

Air : Un soldat, par un coup luneslo.

D'anciens Gaulois, pauvres esclaves, Un soir qu'autour d'eux tout dormait, Levaient la dtme sur les caves Du maître qui les opprimait.

Leur gaîté s'éveille :

« Ah! dit l'un d'eux, nous faisons des jaloux. « L'esclave est roi quand le mattre sommeille. «Enivrons-nous! (A fois.)

« Amis, ce vin par notre maître « Fut confisqué sur des Gaulois « Bannis du sol qui les vit naître, « Le jour môme où mouraient nos lois.

« Sur nos fers qu'il rouille, « Le Temps écrit l'âge d'un vin si doux.

« Des malheureux partageons la dépouille.

« Enivrons- nous!

« Savez-vous où gît l'humble pierre « Des guerriers morts de notre temps?

« Là plus d'épouses en prière; « Là plus de fleurs, même au printemps.

« La lyre attendrie « Ne redit plus leurs noms effacés tous.

« Nargue du sot qui meurt pour la patrie!

« Enivrons-nous!

« La Liberté conspire encore « Avec des restes de vertu; « Elle nous dit : Voici l'aurore; « Peuple, toujours dormiras-tu?

« Déité qu'on vante, « Recrute ailleurs des martyrs et des fous.

<c L'or te corrompt, la gloire t'épouvante.

« Enivrons-nous!

« Oui, toute espérance est bannie; « Ne comptons plus les maux soufferts.

« Le marteau de la tyrannie « Sur les autels rive nos fers.

« Au monde en tutelle,

« Dieux tout-puissanls,quel exemple offrez-vous ! « Au char des rois un prêtre vous attelle.

« Enivrons-nous!

« Rions des dieux, sifflons les sages, « Flattons nos maîtres absolus.

« Donnons-leur nos fils pour otages :

« On vit de honte, on n'en meurt plus, o Le plaisir nous venge :

« Sur nous du sort il fait glisser les coups ! « Traînons gaîment nos chaînes dans la fange ! « Enivrons-nous! »

Le maître entend leuis chants d'ivresse; 11 crie à des valets : « Courez !

« Qu'un fouet dissipe l'allégresse « De ces Gaulois dégénérés. »

Du tyran qui gronde Prêts à subir la sentence à genoux, Pauvres Gaulois, sous qui trembla le monde, Enivrons-nous'

Cher Manuel, dans un autre âge Aurais-je peint nos tristes jours?

Ton éloquence et ton courage Nous ont trouvés ingrats et sourds; Mais pour la patrie Ta vertu brave et périls'et dégoûts, Et plaint encor l'insensé qui s'écrie :

Enivrons-nous! (4 fois.)

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