‹ Œuvres complètes de P. J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvelles (volume 2)Chapitre 54 sur 177 · MAUDIT PRINTEMPS · texte numérisé non relu

MAUDIT PRINTEMPS

Air : C'est à mon maître en l'art de plaire.

Je la voyais de ma fenêtre A la sienne tout cet hiver :

Nous nous aimions sans nous connaître : Nos baisers se croisaient dans l'air.

Entre ces tilleuls sans feuillage, Nous regarder comblait nos jours.

Aux arbres tu rends leur ombrage !

Maudit printemps ! reviendras-tu toujours?

11 se perd dans leur voûte obscure, Cet ange éclatant qui là-bas M'apparut» jetant la pâture Aux oiseaux un jour de frimas :

120 C.UAKSONS

Ils 1 appelaient, et leur manège Devint le signal des amours.

Non, rien d'aussi beau que la neige !

Maudit printemps! reviendras- tu toujours?

Sans toi je la verrais encore, Lorsqu'elle s'arrache au repos, Fraîche comme on nous peint l'Aurore Du Jour entr'ouvrant les rideaux.

Le soir encor je pourrais dire :

Mon étoile achève son cours ; Elle s'endort, sa lampe expire...

Maudit printemps, reviendras-tu toujours?

C'est l'hiver que mon cœur implore :

Ah! je voudrais qu'on entendît Tinter sur la vitre sonore Le grésil léger qui bondit.

Que me fait tout ton vieil empire, Tes fleurs, tes zéphyrs, tes longs jours ?

Je ne la verrai plus sourire.

Maudit printemps! reviendras-tu toujours?

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