‹ Œuvres complètes de P. J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvelles (volume 2)Chapitre 88 sur 177 · K BÉ RANG EH · texte numérisé non relu

K BÉ RANG EH

Des follets brillent dans l'ombre,

Et la voix que j'entendais

Se mêle aux cris d'un grand nombre

De lutins, de farfadets.

Au bruit d'une aigre trompette

Le sabbat a commencé.

Plus haut la voix répète :

Notre règne est passé.

« Non, dit la voix, plus de fêtes!

« Esprits, vite délogeons.

« La Raison, par ses conquêtes, « Nous bannit des vieux donjons.

« Le monde a changé d'oracles; « Nos prodiges ont cessé.

« L'homme fait des miracles;

« Notre règne est passé.

« Nous donnâmes à la Grèce « Ces dieux créés pour les sens, « Dont l'éternelle jeunesse « Vivait de fleurs et d'encens.

« Dans la Gaule encor sauvage « Pour nous le sang fut versé.

« Hélas ! même au village

« Notre règne est passé.

« On nous vit, sous vos trophées, « Paladins et troubadours, « Enchaîner aux pieds des fées « Les rois, les saints, les Amours.

« La magie à notre empire

« Soumit le ciel courroucé.

« Des sorciers j'entends rire, « Notre règne est passé.

• La raison nous exorcise; « Esprits» fuyons sans retour. »

La voix se tait... surprise !

J'ai cru voir crouler la tour.

De leur retraite chérie Tous ont fui d'un vol pressé.

Au loin la voix s'écrie :

Notre règne est passé.

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