‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvellesChapitre 16 sur 105 · ADIEU PARIS · texte numérisé non relu

ADIEU PARIS

Aib:

Paris m'a crié : Reviens vite !

Sachons si ta voix a faibli.

Cesse au loin de vivre en ermite; Reviens chanter, ou crains Toubli.

J'ai répondu : Dans ta mémoire, Paris, laisse mon nom périr.

En vain ton soleil fait mûrir Grandeur, plaisir, richesse et gloire; Ici, récho me dit tout bas:

Ne t'en va pas. Bis.

Qu'en dites-vous, dans ce feuillage.

Oiseaux qu'aux temps froids je nourris?

— Nous disons : Vive le village!

Connaît-on l'aurore à Paris?

DE BÉRAN6ER. 51

Elle entr' ouvre ici tes paupières, Au chant des linots, des pinsons.

A nous tes dernières chansons ; A toi nos chansons printanières.

Et puis Fécho redit tout bas :

Ne t'en va pas.

Qu'en dites-vous, fleurs dont j'étanche La soif au déclin des longs jours?

— Que sagement ton front qui penche A brisé le joug des amours.

Plein d'une tendre souvenance, Cultive en paix nos doux présents ; Nous garderons à tes vieux ans Pour chaque jour une espérance.

Et puis l'écho redit tout bas :

Ne t'en va pas.

Qu'en dites-vous, flots de la Loire, Voisins du seuil cher à mes goûts? — Que dans leur cours fortune et gloire Sont plus variables que nous.

Pour qu'en ton sein la peur redouble Au moindre songe ambitieux, Vois ce fleuve capricieux :

Plus il monte, plus il est trouble.

Et puis Técho redit tout bas :

Ne t'en va pas.

Qu'en dites-vous, vous qu'à mon âge J'ose planter, arbres naissants?

— Que du soin mis à ce bocage Tu nous verras reconnaissants.

Des maux d'autrui l'âme oppressée, Quand tu rêveras dans ces lieux.

Grands alors, nous pourrons des cieux Montrer la route à ta pensée.

Et puis l'écho redit tout bas :

Ne t'en va pas.

Arbres et flots, oiseaux et roses, Oui, je vous crois; adieu Paris.

Je m'amuse aux plus simples choses^ Quand je pense à Dieu, je souris.

DE BÉRAN6ER. 53

Que me faut-il? Un peu d'ombrage, ■Quelques pauvres pour me bénir; Et, pour le long somme à venir, Le cimetière du village.

Aussi l'écho redit tout bas : Ne t'en va pas. Bis.

Page 1