IL N'EST PAS MORT
Air des Trois couleurs.
 moi soldat, à vous gens de Village, Depuis huit ans on dit : Votre Empereur  dans une île achevé son naufrage :
Il dort en paix sous un saule pleureur.
Nous sourions à la triste nouvelle.
Dieu puissant, qui le créas si fort, Toi qui d'en haut Tas couvert de ton aile.
N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort*
Lui, mort! oh! non. Quel tremblement de terre, Quelle comète annonça son trépas?
* L'idée qui a fait faire cette chanson a bien longtemps régné au fond de nos campagnes et même parmi les classes ouvrières des villtîs. Peutêtre même trouverait-on encore, dans quelque province, des individus qui conservent cette superstition populaire.
Croyons plutôt que la riche Angleterre Pour le garder a manqué de soldats.
Les étrangers qu'épouvantait sa gloire Feignent en vain de déplorer son sort ; En vain leurs chants exaltent sa mémoire, N*est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort?
Il partagea deux fois mon pain de seigle,
Et de sa main il m'attacha la croix;
J'ai toujours vu, moi qui portais son aigle,
La mort en lui respecter notre choix.
Et des Anglais auraient cloué sa bière !
Et de sa tombe ils défendraient l'abord !
Et sous leurs pieds il deviendrait poussière !
N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort?
Nous, ses enfants, nous savons qu'un navire
A ses geôliers nuitamment l'a ravi ;
Que, depuis lors, dans son immense empire,
Déguisé, seul, il erre, poursuivi.
Ce cavalier de chétive apparence.
De la forêt ce braconnier qui sort,
DE BÉRÂNGER. Oi
C'est lui peut-être : il vient sauver la France. N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort?
Mais dans Paris, parmi le peuple en fête, J'ai cru le voir; je l'ai vu : c'était lui.
De la colonne il contemplait le faîte.
Ému, troublé, je cours; il avait fui.
Reconnaissant un vieux compagnon d'armes, Si de ma joie il a craint le transport, Pour se cacher ma joie avait des larmes.
N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort?
Un matelot, qui connaît l'Inde esclave.
Pour nous servir veut qu'il y soit passé.
Il mène au feu le Mahratte si brave.
Et des Anglais l'empire est menacé.
Courant, volant, foudroyant des murailles.
Oui, de l'Asie il revient par le nord.
Hélas ! sans nous qu'il livre de batailles !
N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort?
Des nations chacune a sa souffrance :
Il manque un homme en qui le monde ait foi.
C'est lui qu'on veut; rends-le vite a la France; Mon Dieu, sans lui je ne puis croire en toi.
Mais, loin de nous, sur des rochers funestes, Dans son manteau si pour toujours il dort, Àh ! que mon sang rachète au moins ses restes ! N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort?