‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvellesChapitre 27 sur 105 · DIX-NEUF AOUT · texte numérisé non relu

DIX-NEUF AOUT

A MES AHIS

Air :

Dix-neuf août ! Dieu, quelle date!

Mes chers amis, à jour pareil, Je vins sur notre terre ingrate Traîner cinq pieds d'ombre au soleil.

Voyant, à Theure d'apparaître, Mon bon ange saisi d'effroi.

Je fis bien des façons pour naître.

Mes amis, pardonnez-le-moi. Bis.

Mon ange me prête main-forte ; Mais, un docteur aux bras de fer

* Ma mère souffrît pendant plusieurs jours avant de me mettre au monde, et ne put être délivrée que par le forceps, qu^on n'employait alors que dans les cas extrêmes.

De mon gîte forçant la porte,

Je sors comme on entre en enfer.

Pour moi quels tourments vont donc suivre

L'épreuve où je viens d'être mis?

Je crains déjà de longtemps vivre.

Pardonnez-le-moi, mes amis.

Mon bon ange alors me révèle L'avenir qui m'est réservé :

Comme un pauvre joueur de vielle, Je chante en battant le pavé.

Mon indigence est poursuivie.

On m'emprisonne au nom du roi.

J'hésite à mener cette vie.

Mes amis, pardonnez-le-moi.

Mon bon ange m'annonce encore Pour mon pays de longs combats ; Une liberté dont l'aurore Se fond en brumes et frimas.

Un siècle nsut, qui rien ne fonde; La gloire y tombe en désarroi.

Oh ! que j'ai regret d'être au monde !

Mes amis, pardonnez-le-moi.

Mais en riant j'aurais dû naître, Si mon bon ange eût dit d'abord :

L'amitié viendra sur ton être Verser l'oubli des maux du sort.

Moi dont elle a séché les larmes, Moi qu'à son culte elle a commis.

J'aurais dû pressentir ses charmes.

Pardonnez-le-moi, mes amis. Bù.

CHANSONS DE 6ÉRÂNGEB. 103

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