‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvellesChapitre 53 sur 105 · LA PLUIE · texte numérisé non relu

LA PLUIE

A UN AMI

Ant

Ami, plus de promenade.

La pluie à flots tombe ici, Tombe à me rendre malade; Et le ciel n'en a souci.

Gomme au roc se cloue une huître Que la mer lave en courant, Je reste auprès de la vitre, A voir passer le torrent.

Sous nos humides murailles Que transperce un air malsain^

DE BÉRAN6ER. 49S

Je crois sentir les tenailles D'un rhumatisme assassin.

 ce point Fennui me gagne, Qu'en rêve, dans mon sommeil, Je vole au fond de TEspagne Pour me sécher au soleil .

Au pied d'antiques arcades, J'ai, sur ces bords étrangers, Des tentures de grenades Sous des voûte& d'orangers.

J'y vois fuir l'année entière, Loin des brouillards importuns, L'œil enivré de lumière Et le cerveau de parfums.

Mais, las de pêche et de chasse, L'Esquimau revient joyeux Subir, sous son toit de glace, La plus longue nuit des cieux.

i96 CHANSONS

De mon rêve je m* ennuie :

Adieu, ciel pur; adieu, fleurs.

Retournons, malgré la pluie.

Aux bords où j'ai tous mes pleurs.

Je reviens où, tendre et folle, Ma jeunesse a tant chanté ; Où le génie est Fidole Qu'encense TËgalité.

Dieul notre ciel se dégage.

Âmi, viens, puisqu'il sourit.

Viens ; nous irons au village Voir si l'amandier fleurit.

DE BÉRANGER. i97

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