‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvellesChapitre 79 sur 105 · L*ANGE · texte numérisé non relu

L*ANGE

Non ; mais sais-tu combien sur le malheur

Elle a versé d'espérance et de rêves ; Combien versé de baume à la douleur !

Le pauvre» en songe, atteignait aux délices Des plus grands rois ; Dieu point ne le défend : Ce Dieu qui sait de quoi pleure Tenfant, Et qui bénit le doux chant des nourrices.

Sous un ciel sombre et les vents et les flots Poussent au loin de funèbres sanglots.

Vient un savant que la vapeur amène.

La fée en rose était changée alors.

Il s'en saisit, Teffeuille; ô phénomène!

Son doigt la tue : à ses pieds roule un corps,

Un corps de vierge à la beauté divine.

La mer, dit-il, jusqu'ici Ta jeté.

Car la science, aveugle majesté.

Ne croit à rien qu'iiu peu qu'elle devine.

Sous un ciel sombre et les vents et les flots

Poussent au loin de funèbres sanglots.

Le savant passe. Elle, aux concerts célestes, Monte en esprit, et d'énormes oiseaux Viennent creuser une fosse à ses restes.

Va croître un if où dormiront ses os.

Sur les débris d*un antique trophée.

Ombre immortelle, un barde en ce moment Apparaît là : Guerrier, poëte, amant.

Pleurez, dit-il : vous n'avez plus de fée.

Sous un ciel sombre et les vents et les flots Poussent au loin de funèbres sanglots.

Je vois dans Fair tous les dieux de T Attique ; Tous ceux du Nord, du Nil et de Tlndus.

Ces vieux parents de la vierge celtique Vont Tentourer d'honneurs qui lui sont dus.

Prêtre, ainsi qu'eux du ciel favorisée, Elle eut pour sœur la vierge que tu sers.

Dieu brille au fond de vos cultes divers.

Gomme Taurore aux gouttes de rosée.

Sous un ciel sombre et les vents et les flots Poussent au loin de funèbres sanglots.

LE PBÊTRB.

Hais de son culte à peine a-t-on mémoire :

Gontre Toubli Dieu défend ses desseins.

D'un Empyrée elle eut sa part de gloire.

Temples, autels, prêtres, martyrs et saints.

DE BÉRAN6ER. 295

Longtemps par elle a surnagé la race

Des nations que lui soumit le sort.

Né de leur sang, vieux Breton, plains sa mort,

Dernier soupir d'un monde qui trépasse.

Sous un ciel sombre et les vents et les flots

Poussent au loin de funèbres sanglots.

LE PRÊTRE

Quoi ! pur esprit, vous allez sur sa tombe Vous joindre aux dieux, mensonges du passé?

L^AKGE.

Hors le grand Dieu, tu le vois, tout succombe. €rains pour le temple où la foi t'a bercé.

 tes autels si déjà Thomme insulte.

Prêtre, à la fée accorde quelques pleurs.

Et viens m'aider à suspendre ces fleurs Sur Thumble fosse où descend tout un culte.

Sous un ciel sombre et les vents et les flots \ Poussent au loin de funèbres sanglots. j

na CHANSONS

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