‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger: contenant les dix chansons nouvellesChapitre 93 sur 105 · MES FLEURS · texte numérisé non relu

MES FLEURS

Air : Charmant ruisseau.

Modestes fleurs, empressez-vous d*éclore :

Déjà bien vieux, j'ai hâte de vous voir.

De votre éclat, vite, égayez Taurore; De vos parfums, vite, embaumez le soir.

Fleurir demain serait trop tard peut-être :

Pour les vieillards tout flot cache un écueil. Ce beau soleil, qui vous invite à naître, Peut, dès demain, briller sur mon cercueil.

Le choléra revient, affreux vampire, Typhus vengeur de Tlndien opprimé.

Ëclosez donc, fleurs; que du moins j'aspire Son noir venin dans un air parfumé.

Bis.

Bis.

Bis.

Grondent encor les canons dans la ville ; D^horribles cris nos échos sont tremblants !

Si jusqu'ici vient la guerre civile, Croissez, mes fleurs, entre ses pieds sanglants.

Fleurs, vous aussi, vous avez vos souffrances. Le ver est là ; le vent peut accourir.

Moi, qui longtemps ai vécu d'espérances, Que de boutons j'ai vus ne pas fleurir I

Ne craignez pas que ma main vous moissonne.

Vieux, je n'ai plus de bouquets à donner.

De vous mon front n'attend plus de couronne; Je pars en roi qu'on vient de détrôner.

Las du combat, des folles théories.

Las de nombrer les taches du soleil.

Que n'ai-je enfin, sous vos tiges fleuries, Un lit creusé pour mon dernier sommeil !

Mais, près de vous, fleurs au tendre langage, Si de ma mort, ici, j'atteins le jour.

Bi$.

Bis.

Bis.

Bis.

Puisse un parfum, souvenir du jeune âge, Ce jour encor me reparler d^amour !

Modestes fleurs, empressez-vous d*éclore :

Déjà bien vieux, j'ai hâte de vous voir.

De votre éclat, vite, égayez l'aurore; De vos parfums, vite, embaumez le soir.

Bis.

Bis.

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