‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger: Éd. unique rev. par l'auteur, ornée deChapitre 100 sur 105 · LE VILAIN · texte numérisé non relu

LE VILAIN

Am de Ninon chez madaitK^ de Sévigno.

Hé quoi ! j apprends que Ton critique

Le de qui précède mon nom.

Êtes-vous de noblesse antique ?

Moi, noble? oh ! vraiment, messieurs, non

Non , d'aucune chevalerie

Je n ai le brevet sur vélin.

Je ne sais qu aimer ma patrie... {bis.)

Je suis vilain et très vilain... (bis.)

Je suis vilain.

Vilain , vilain.

Ah ! sans im rfe j'aurais dû naître ; Car, dans mon sang si j*ai bien lu, Jadis mes aïeux ont d'un maître Maudit le pouvoir absolu.

Ce pouvoir, sur sa vieille base ^ Étant la meule du moulin , Us étaient le grain qu elle écrase.

Je suis vilain et très vilain ,

Je suis vilain ,

Vilain, vilain.

Mes aïeux, jamais dans leurs terres N'ont vexé des serfs indigents ; Jamais leu)?s nobles cimeterres Daûs les bois n'ont fait peur aux gensi Aucun deux, las dé sa campagne, Ne fiit transformé par Merlin * En chambellan de... Gharlemagne.

Je suis vilain et très vilaia, ' Je suis vilain ,

Vilain, vilain. :

Jamais aux discordes civiles Mes braves aïeux n'ont pris part;

Enchanetur fameux dans les romans de la Table ronde.

De l'Anglais aucun dans nos villes N'introduisit le léopard ; Et quand Téglise, par sa brigue , Poussait Fétat vers son déclin, Aucun d'eux n'a signé la ligue.

Je suis vilain et très vilain ,

Je suis vilain ,

Vilain, vilain.

Laissez-moi donc sous ma bannière, Vous, messieurs, qui, le nez au vent.

Nobles par votre boutonnière , Encensez tout soleil levant.

J'honore une race commune , Car, sensible, quoique malin, Je n'ai flatté que Tinfortune. (bis,) Je suis vilain et très vilain, (6îs.)

Je suis vilain,

Vilain, vilain.

ILia YÏÏIË'JTï: ElUBHjaTlETIJÎlB.

LE VIEUX MENETRIER.

Novembre 1815.

Air : C'est un lanla, landerirette.

Je ne suis qu un vieux bon homme,

Ménétrier du hameau ;

Mais pour sage on me renommé.

Et je bois mon vjn sans eau.

Autour.de moi sous Fpmbrage

Accourez vous délasser.

Eh ! Ion lan la, gens de village, Sous mon vieux chéiie il faut danser.

Oui, dansez sous mon vieux chêne ;

G est l'arbre du cabaret.

Au bon temps toujours la haine

Sous ses rameaux expirait.

Ck)inbien de fois son feniila{][e Vit nos aïeux s'embrasser !

Eh ! Ion lan la, gens de village, Souâ mon vieux chêne il faut danser.

Du château plaignez le maître, Quoiqu'il soit votre seigneur :

Il doit du calme champêtre Vous envier le bonheur; Triste au fond d'un équipage , Quand là bas il va passer, Eh ! Ion lan la, gens de village.

Sous mon vieux chêne il faut danser.

Loin de maudire à 1 église Celui qui vit sans curé , Priez que Dieu fertilise Son grain, sa vigne, son pré.

Au plaisir s'il rend hommage.

Qu'il vienne ici l'encenser.

Eh ! Ion lan la, gens de village,

CHANSONS DE BEBANOËP. 297

Sous mon vieux chêne il faut danser.

Quand d'une faible charmille

Votre héritage est fermé ,

Ne portez plus la faucille

Au champ qu un autre a semé.

Mais sûrs que cet héritage

A vos fils devra passer, Eh ! Ion lan la , gens de village , Sous mon vieux chêne il faut danser.

Quand la paix répand son baume

Sur les maux qu'on endura ,

N'exilez point de son chaume

L'aveugle qui s'égara.

Rappelant après l'orage

Ceux qu il a pu disperser, Eh ! Ion lan la, geris de village, Sous mon vieux chêne il faut danser.

Écoutez donc le bon homme :

Sous son chêne accourez tous.

De pardonner je vous somme :

Mes enfants , embrassez-vous.

Pour voir ainsi d'âge en âge Chez nous la paix se fixer, Eh ! Ion lan la, gens de village, Sous mon vieux chêne il faut danser

Page 1