‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger: Éd. unique rev. par l'auteur, ornée deChapitre 17 sur 105 · XXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVI PRÉFACE

fait, moi, un calcul différent qui se réalisera de mon vivant, pour peu que je vieillisse. A quoi bon nous révéler cela ? diront quelques aveugles. Pour que mon pays me sache gré, sup-tout, de m'être livré au genre de |)oésie que j'ai jugé le plus utile à la cause de la liberté, lorsque je pouvais tenter des succès plus solides dans les genres que j'avais cultivés d'abord.

Sur le point de faire ici un examen consciencieux de ces productions fiigitives, le courage m'a manqué, je l'avoue. J'ai craint: qu'on ne me prît au mot lorsque je relèverais des fautes, et qu'on ne fît la sourde oreille aux cajoleries paternelles que je pcHirrais adresser

à mes chansons; car encore faut-il bien que tout n'en soit pas mauvais. Puis, malgré la politesse des critiques à mon égard, ce serait peut-être pousser la reconnaissance trop loin

PRÉFACE. xxvii

que de faire aiïisi leur besogne. Je le répète : le courage m'a manqué. On n incendie guère sa maison que lorsqu'elle est assurée. Ce que je puis dire d'avance à ceux qui se font les exécuteurs des hautes œuvres littéraires, c'est que je suis complètement innocent des éloges exagérés qui m'ont été prodigués; que jamais il ne m'est arrivé de solliciter le moindre article de bienveillance; que j'ai été même jusqu'à prier des amis journailistes d'être pour moi plus sobres de louanges ; que loin de vouloir ajouter le bruit au bruit, j'ai évité les ovations qui l'augmentent; me suis tenu loin des coteries qui le propagent; et que j'ai fermé ma porte aux commis^voyageurs de la Renommée, ces gens qui se chargent de colporter votre réputation en province et jusque dans l'étranger, dont les revues et les magasins leur sont ouverts.

xxviii PRÉFACE.

Je D ai jamais poussé mes prétentions plus haut que ne l'indique le titre de chansonnier, sentant bien qu'en mettant toute ma gloire à conserver ce titre auquel je dois tant, je lui devrais encore d'être jugé avec plus d'indulgence , placé par-là loin et au-dessous de toutes les grandes illustrations de mon siècle. Le besoin de cette position spéciale a toujours dû m'ôter l'idée de courir après les dignités littéraires les plus enviées et les plus dignes de l'être, quelque instance que m'aient faite des amis influents et dévoués, qui, dans la poursuite de ces dignités, me promettaient, je suis honteux de le dire, plus de bonheur que n'en a eu B. Constant, grand publiciste, grand orateur , grand écrivain. Pauvre Constant !

A ceux qui douteraient de la sincérité de mes paroles, je répondrai : Les rêves poétiques les plus ambitieux ont bercé ma jeunesse; il

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