‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger: Éd. unique rev. par l'auteur, ornée deChapitre 40 sur 105 · LES MOEURS DU TEMPS · texte numérisé non relu

LES MOEURS DU TEMPS

Air : Il est toujoun le mèoMî.

Je sais fort bien que sur moi Ton babille , Que soi-disant

3*ai le ton trop plaisant ;

Mais cet air amusant

Sied si bien à Camille !

Philosophe par goût ,

Et toujours et de tout Je ris, je riS) tant je suis bonne fille.

Pour le théâtre ayant quitté laiguille, A mon début,

f 42 CHANSONS DE BÉRANGER.

Craignant quelque rebut, Je me livre en tribut ^ Au censeur Mascarille , Et ce cuistre insolent Dénigre mon talent ; Mais moi j en ris, tant je suis bonne fille.

Un sénateur 9 qui toujours apostille, Dit: Je voudrais

Servir tes intérêts.

Lors j essaie à grands frais

D'échauffer le vieux drille.

Quoi quil fît espérer ,

Je n'en pus rien tirer ; Mais j en ai ri , tant je suis bonne fille.

Un chambellan, qui de clinquant pétille, Après qu'un jour D m'eut fait voir la cour , Enrichit mon amour De ce jonc qui scintille.

J'en fais voir le chaton :

G est du faux , me dit-on; Et moi j'en ris, tant je suis bonne fille.

Un bel esprit, beau de l'esprit qu'il pille , Grâce à moi fut

Nommé de rinstitut.

Quand des voix qu il me dut

Vient Téclat dont il brille ,

Avec moi que de fois

Il a manqué de voix !

Mais j'en ai ri , tant je suis bonne fille.

Un lycéen , qui sort de sa coquille , Tout triomphant,

Dans ses bras m'étouffant ^

De me faire un enfant

Me proteste qu'il grille ;

Et le petit morveux ,

Au lieu d'un , m'en fait deux ; Mais moi j'en ris, tant je suis bonne fille.

Trois auditeurs me disent : Viens, Gamille ,

Soupe avec nous ; Que nous fassions les fous.

J'étais seule pour tous :

L*un d eux me déshabiUe.

Puis le vin met dedans Nos petits intendants ; Et moi j'en ris, tant je iuis bonne fille.

Telle est ma vie ; et sur mainte vétille J aurais ici ' Pu glisser, Dieu merci !

Dans ses jupons aussi Je sais qaon s entortille ; Mais tes restrictions, Mais les précautions , Moi je m'en ris , tant je suis bonne fille.

AINSI SOIT-ILÎ

Air : AlIeluia.

Je suis devin , mes chers amis ; L avenir qui nous est promis Se découvre à mon art subtil.

Ainsi soit-il !

Plus de poëte adulateur; Le puissant craindra le flatteur ; Nul courtisan ne. sera vil.

Ainsi soit-il !

Plus d'usuriers, plus de joueurs, De petits banquiers grands seigneurs, Et pas un commis incivil.

Ainsi soit-il !

46 CHANSONS DE BÉBANGER.

L'amitié, charme de nos jours, Ne sera plus xm froid discours Dont Tinfortune rompt le fil.

Ainsi soit-il !

La fille , novice à quinze ans , A dix-huit avec ses amants N'exercera que son babil.

Ainsi soit-il !

Femme fuira les vains atours , Et son mari pendant huit jours Pourra s'absenter sans péril.

Ainsi soit-il !

L'on montrera dans chaque écrit Plus de génie et moins d esprit, Laissant tout jargon puéril.

Ainsi soit-il !

L^^uteur aura plus de fierté.

L'acteur moins de fatuité ;

Le critique sera civil.

Ainsi soit-il !

On rira des erreurs des grands, On chansonnera leurs agents, Sans voir arriver Talguazil.

Ainsi soit-il !

En France enfin renaît le goût ; La justice régne par-tout, Et la vérité sort d*exil.

Ainsi soit-il !

Or , mes amis , bénissons Dieu , Qui met cha(]ue chose en son lieu , Celles-ci sont pour Fan trois mil.

Ainsi soit-il !

LÉDUCATION

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