CE QUE SERONT NOS ENFANTS
Air : Allez-yous-en , ^^ens de la noce.
Je le dis sans blesser personne, Notre âge n'est point Tâge d or ; Mais nos fils, qu on tne le pardonne, Vaudront bien moins que nous encor.
Pour peupler la machine roiide , Qu on est fou de mettre du sien !
Ab! pour un rien,
Oui, pour un rien.
Nous laisserions finir le monde , Si nos femmes le Voulaient bien.
82 GHAI^eSONS DE BÉRANGER.
En joyeux gourmands que nous sommes , Nous savons chanter un repas :
Mais nos fils, pesants gastronomes , Boiront et ne ehanterent pas.
D'un sot à face rubiconde Ils feront un épicurien.
Ah! pour un rien,
Oui, pour un rien, Nous laisserions finir le monde , Si nos femmes le voulaient bien.
Grâce aux beaux esprits de notre âge,
L ennui nous gagne assez souvent,
Mais deux Instituts, je le gage,
Lutteront dans lage suivant.
De se recruter à la ronde
Tous deux trouveront le ndoyen.
Ah ! pour un rien ,
Oui, pour un rien.
Nous laisserions finir le monde , Si nos femmes le voulaient bien.
Nous aimons bien un peu la guerre , Mais sans redouter lé repos.
Nos fils , ne se reposant guère , Batailleront à tout propos.
Seul prix d'une ardeur furibonde, Un laurier sera tout leur bien.
Ah! pour un rien,
Oui , pour un rien , Nous laisserions finir le monde, Si nos femmes le voulaient bien.
Nous sommes peu galants sans doute, Mais nos fils, d excès en excès, Egarant 1 amour sur sa route , Ne lui parleront plus français.
Ils traduiront, Dieu les confonde !
h' Art d aimer en italien.
Ah ! pour un rien ,
Oui , pour un rien , Nous laisserions finir le monde, Si nos femmes le voulaient bien.
Ainsi , malgré tous nos sophistes ,
Chez nos descendants on aura
Pour grands hommes des j oumalistes ,
Pour amusement 1*Opéra ;
Pas une vierge pudibonde ;
P^ même un aimable vaurien.
Ah! pour un rien,
Oui, pour un rien, ?^ ous laisserions finir le monde , Si nos femmes le voulaient bien.
De fleurs, amis, ceignant nos têtes.
Vainement nous formons des vœux Pour que notre culte et nos fêtes Soient en honneur chez nos neveux
Ce chapitre que Momus fonde Chez eux manquera de doyen.
Ah! pour un rien.
Oui , pour un rien , Nous laisserons finir le monde , Si nos femmes le voulaient bien.
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LE VIEUX CELIBATAIRE.
AiB : Contentons-nous d'une simple bouteille.
Allons, Babet, il est bientôt idix heures ; Pour un goutteux c'est l-instant du repos.
Depuis un an qu avec moi tu demeures, Jamais , je crois ^ je ne fus si dispos.
A mon coucher ton aimable présence Pour ton bonheur ne sera pas sans fruit.
Allons, Babet^ un peu de complaisance, Un lait de poule et mon bonnet de nuit.
Petite bonne, agaçante. et joHe, D'un vieux garçon doit être le soutien.
Jadis ton maître a fait noainte folie Pour des minois moin&friands que le tien.
Je veux demain, bravant la médisance ,
Au Cadran Bleu te régaler sans bruit.
Allons, Babet, un peu de complaisance.
Un lait de poule et mon bonnet de nuit.
N expose plus à des travaux pénibles Cette main douce et ce teint des plus frais ; Auprès de moi coule des jours paisibles ; Que mille atours relèvent tes attraits.
L'amour par eux ma rendu sa puissance :
Ne vois-tu pas son flambeau qui me luit ?
Allons, Babet, un peu de complaisance, Un lait de poule et mon bonnet de nuit.
A mes désirs, quoi ! Babet se refuse !
Mademoiselle , auriez-vous un amant?
De mon neveu le jockey vous amuse ; Mais songez-y : je fais mon testament.
Docile enfin, livre sans résistance A mes baisers ce sein qui ith'a sédiiit.
Allons, Babet, un peu de complaisance.
Un lait de poule et mon bonnet de nuit.
CHANSONS DE DÉRANGER. ftT
Ah ! tu te rends, tu cèdes à ma flamme !
Mais la nature , hélas ! trahit mon cœur.
Ne pleure point; va , tu seras ma femme ^ Malgré mon âge et le public moqueur.
Fais donc si bien que ta douce influence Rende à mes sens la chaleur qui me fuit Allons, Babet, un peu de complaisance, Un lait de poule et mon bonnet de nuit.
88 CHANSONS DE BÉRANOER.