‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger: Éd. unique rev. par l'auteur, ornée deChapitre 66 sur 105 · D'UN MARCHAND D'HABITS DE LA CAPITALE · texte numérisé non relu

D'UN MARCHAND D'HABITS DE LA CAPITALE

Première restauration, 1814.

Ain : Vaudeville des Deax Edmond.

Tout marchands dliabits que nous sommes , Messieurs, nous observons les hommes :

Du bout du monde à l'autre bout,

Lliabit fait tout.

Dans les changements qui surviennent , Les dépouilles nous appartiennent :

Toujours en grand nous calculons.

Vieux habits ! vieux galons !

Parfois en lisant la gazette ,

ii][1C3,-7lllE1lIÏ.(&iJL0EiIS.

Gomme tant d*àutres, je regrette Que tout Français Q*ait pas gardé

L'habit brodé.

Mais, j en crois ceux qui s y connaissent , Les anciens préjugés renais$ent.

On va quitter les pantalons.

Vieux habits ! vieux galons !

Les modes et la politique

Ont cent fois rempli ma boutique ;

Combien on doit à leurs travaux

D'habits nouveaux !

Quand de nos déesses civiques On met en oubli les tuniques, .

Aux passants nous les rappelons.

Vieux habits ! vieux galons !

Un temps fameux par.cent batailles.

Mit du galon sur bien des tailles ; De galon même étaient couverts .

Les habits verts ^

^ La livrée ii^^périale, vert et or.

164 CHANSONS DE BÉBANG£R.

Mais sans \e bonheur point de gloire !

Nous seuls^ «près chaque victoire^ Nous avions ce que nous voulonis.

Vieux habits 1 vieux galons !

Nous trouvons aussi notre compte Avec tous les gens qui sans honte Savent, dans un retour subit,

Changer d'habit.

Les valets, troupe chamarrée.

Troquant aujourd^ui leur livrée.

Que d'habits bleus ' nous étalons !

Vieux habits ! vieux galons !

Les défenseurs de nos grands-pères, Sortant de leurs nobles repaires , Reprennent enfin à leur tour

L'habit de cour.

Chez ïious retrouvant leurs costumes, Avec talons rondes et plumes^

' La Hvrëe royale. «

CHÂNSpïïfS DE BÉRàNGER. 165

Ils vont régner dans les salons.

Vieux habits ! vieux galons !

Sans nul égard pour nos scrupulies, Si la foule des incrédules Mit au nombre de ses larcins

L'habit des saints , Au nez de plus d'un philosophe Je vais en revendre l'étoffe :

De piété nous redoublons. Vieux habits ! vieux galons !

Long-temps vantés dans chaque ouvrage , Des grands, qu'aujourd'hui l'on outrage, Portent au fond de leurs manoirs

Des habits noirs.

Mais , grâce à nous, vont reparaître Ces manteaux qu'eux-mêmes peut-être Trouvaient bien pesants et bien longs.

Vieux habits ! vieux galons !

De m enrichir j'ai l'assurance :

L'on fêtera toujours en France ,

Ea ville , au théâtre , à la cour,

L'habit du jour.

Gens vêtus d or et d'écarlate, Pendant un mois chacim vous flatte ; Puis à vos portes nous allons.

Vieux habits ! vieux galons!

LE NOUVEAU DIOGÈlVfE.

Cent Jours, avril I8I5.

Aiu : Boo voyage, cher Dumollet.

Diogène , Sous ton manteau , .

Libre et content , je ris et bois sans gêne.

Diogène , Sous ton manteau , Libre et content, je roule mon tonneau.

Dans Feau , dit-on , tu pxiisas ta rudesse ; Je n'en bois pas, et, censeur plus joyeux , En moins d'un mois, pour loger ma sagesse.

J'ai mis à sec un tonneau de vin vieux.

Diogène, Sous ton manteau, Libre et content , je ris et bois sans gêne.

Diogène , Sous ton manteau, Libre et content, je roule mon tonneau.

Où je suis bien, aisément je séjourne ; Mais comme nous les dieux sont inconstants :

Dans mon tonneau, sur ce globe qui tourne , Je tourne avec la fortune et le temps.

Diogène ,

Sous ton manteau ;

Libre et content , je ris et bois sans géne- Diogène ,

Sous ton manteau ,

Libre et content , je roule mon tonneau.

Pour les partis dônt.ceni; fois j osai rire Ne pouvant être im utile soutien , Devant ma tonne on ne viendra pas dire ;

CHANSONS DE BÉRANGEB. 169

Pour qui tiens^tu, toi qui ne liens à rien ?

Diogène , Sous ton manteau, Libre et content, je ris et bois sans gêne.

Diogène , Sous ton manteau , Libre et content , je roule mon tonneau.

J'aime à fronder les préjugés gothiques Et les cordons de toutes les couleurs ; Mais, étrangère aux excès politiques , Ma Liberté n a qu'un chapeau de fleurs.

Diogène, Sous ton manteau , Libre et content, je ris et bois sanis gêne.

Diogène, Sous ton manteau.

Libre et content , je roule mon tonneau.

Qu'en un congrès, se partageant le monde,

Des potentats soient trompeurs. ou trompés, Je ne vais point démander à la ronde Si de ma tonne ils se sont occupés.

Diogène, Sous ton manteau, Libre et content, je ris et bois sans gène.

Diogène , Sous ton manteau , Libre et content , je roule mon tonneau.

N'ignorant pas où conduit la satire , Je fuis des cours le pompeux appareil :

Des vains honneurs trop enclin à médire, Auprès des rois je crains pour mon soleil.

Diogènè , Sous ton manteau.

Libre et content , je ris et bois sans gène.

Diogène, Sous ton manteau.

Libre et content, je roule mon tonneau.

Lanterne en main , dans TAthènes moderne Chercher un homme est mi dessein fort beau :

Mais qaand le soir voit briller ma lanterne, G*est qa^aux amours elle sert de flambeau.

Diogène, Sons ton manteau , Libre et content, je ris et bois sans gêne.

Diogène, Sous ton manteau, Libre et content , je roule mon tonneau.

Exempt d'impôt , déserteur de phalange , Je suis pourtant assez bon citoyen :

Si les tonneaux manquaient poiu* la vendange , Sans murmiu*er je prêterais le mien.

Diogène, Sous ton manteau , Libre et content , je ris et bois sans gêne.

1 72 GH AIÏSONS DE BER AN6ER. j

Diogène, Sdrus ton manteau , Libre et content, je roule mon tonneau.

Diogène, S<]^s ton manteau , Libre et content, je roule mon tonneau.

]L]s aujiirmja i3';i

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