‹ Œuvres complètes de P.J. de Béranger: Éd. unique rev. par l'auteur, ornée deChapitre 68 sur 105 · TRINQUONS · texte numérisé non relu

TRINQUONS

AIR : La Catacoua.

Trinquer est un plaiâr fort sage Qu'aujourd'hui l'on traite d'abus.

Quand du mépris d'un tel usage Les gens du monde sont imbus, De le suivre , amis , faisons gloire , Riant de qui peut s'en moquer ;

Et pour choquer ,

Nous provo€|uer , Le verre en main , en rond nous attaquer , D'abord nous trinquerons pour boire, Et puis nous boirons pour trinquer.

A table , croyez que nos pères N'enviaient point le sort des rois , Et qu'au fragile éclat des verres

Ils le comparaient quelquefois.

A voix pleine ils chantaient Grégoire,

Docteur que Ion peut expliquer ;

Et pour choquer ,

Se provoquer, Le verre en main , tous en rond s attaquer , Nos bons aïeux trinquaient pour boire , Et puis ils buvaient pour trinquer.

L'Amour alors près de nos mères , Faisant chorus , battant des mains , Rapprochait les cœurs et les verres , Enivrait avec tous les vins.

Aussi n'a-t-on pas la mémoire Qu'une belle ait voulu manquer,

Pour bien choquer,

A provoquer , Le verre en main, chacun à l'attaquer :

D'abord elle trinquait pour boire , Puis elle buvait pour trinquer.

Qu'on boive aux maîtres de la terre ,

CHANSONS DE BÉRANG£R: 181

Qui n'en boivent pas plus galment ; Je veux , libre par caractère , Boire à mes amis seulement.

Malheur à ceux dont Fhumeur noire S obstine à ne point remarquer

Que pour choquer ,

Se provoquer , Le verre en main , tous en rond s attaquer , L'amitié , qui trinque pour boire , Boit bien plus eocor pour trmquer !

PRIÈRE D'UN ÉPICURIEIV.

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