TRINQUONS
AIR : La Catacoua.
Trinquer est un plaiâr fort sage Qu'aujourd'hui l'on traite d'abus.
Quand du mépris d'un tel usage Les gens du monde sont imbus, De le suivre , amis , faisons gloire , Riant de qui peut s'en moquer ;
Et pour choquer ,
Nous provo€|uer , Le verre en main , en rond nous attaquer , D'abord nous trinquerons pour boire, Et puis nous boirons pour trinquer.
A table , croyez que nos pères N'enviaient point le sort des rois , Et qu'au fragile éclat des verres
Ils le comparaient quelquefois.
A voix pleine ils chantaient Grégoire,
Docteur que Ion peut expliquer ;
Et pour choquer ,
Se provoquer, Le verre en main , tous en rond s attaquer , Nos bons aïeux trinquaient pour boire , Et puis ils buvaient pour trinquer.
L'Amour alors près de nos mères , Faisant chorus , battant des mains , Rapprochait les cœurs et les verres , Enivrait avec tous les vins.
Aussi n'a-t-on pas la mémoire Qu'une belle ait voulu manquer,
Pour bien choquer,
A provoquer , Le verre en main, chacun à l'attaquer :
D'abord elle trinquait pour boire , Puis elle buvait pour trinquer.
Qu'on boive aux maîtres de la terre ,
CHANSONS DE BÉRANG£R: 181
Qui n'en boivent pas plus galment ; Je veux , libre par caractère , Boire à mes amis seulement.
Malheur à ceux dont Fhumeur noire S obstine à ne point remarquer
Que pour choquer ,
Se provoquer , Le verre en main , tous en rond s attaquer , L'amitié , qui trinque pour boire , Boit bien plus eocor pour trmquer !
PRIÈRE D'UN ÉPICURIEIV.