‹ uvres complètes de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 116 sur 166 · L'AVEUGLE DE BAGNOLET · texte numérisé non relu

L'AVEUGLE DE BAGNOLET

Aiu : Ronde (le la Ferme el le Château.

A Bagnolet j ai vu naguère

Certain vieillard toujours contenL

Aveugle il revint de la guerre.

Et, pauvre, il mendie en chantant. [Bis,)

Sur sa vielle il redit sans cesse :

(( Aux gens de plaisir je m'adresse.

c( Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît. »

Et de lui donner on s'empresse.

c( Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît,

c( A l'aveugle de Bagnolet. »

Il a pour guide une fillette ; Et, près d'aimables étourdis, A la contredanse il répète :

>-( Comme vous j'ai dansé jadis.

'21i\ CHANSONS

(( Vous (jiii pressez avec ivresse « La main de plus d'une maîtresse, « Ah! donnez, donnez, s'il vous plaîl ; c( J'ai bien employé ma jeimesse.

(( Ah! donnez, donnez, s'il vous plaîl, « A l'aveugle de Bagnolet, »

Il dit aux dames de la ville (,)u'il trouve à de gais rendez-vous :

a Avec Babet, dans cet asile, « Combien j'ai ri de son époux !

a Belles qu'une ombre épaisse attire, « Là, contre l'hymen tout conspire.

(( Ah! donnez, donnez, s'il vous plaîl ; a Les maris me font toujours rire.

« Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît, « A l'aveugle de Bagnolet. »

S'il parle à de certaines filles Dont il fit longtemps ses amours :

f( Ah! leur dit-il, toujours gentilles, a Aimez bien et plaisez toujours.

« Pour toucher la prude inhumaine, « Trop souvent ma prière est vaine.

« Ah! donnez, donnez, s'il vous plaîl, « Befuser vous fait tant de peine !

« Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît, (( A l'aveugle de Bagnolet. »

Mais aux buveurs sous la tonnelle Il (lit : « Songez bien qu'ici-bas,

DE BÉPtANGEP..

(( Mèm(^ quand la vendange esl boll(\

(( f.e pauvre ne vendange pas.

(( Bons vivants que met en goguette

(( Le vin d'une vieille feuillette,

kAIi! donnez, donnez, s'il vous plaît;

« Je nie régale de piquette.

u Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît,

c( A l'aveugle de Bagnolel. »

D'autres buveurs, francs militaires,

Chantent l'amour à pleine voix,

On gaiement rapprochent leurs verres

Au souvenir de leurs exploits.

Il leur dit, ému jusqu'aux larmes,

a De l'amitié goûtez les charmes.

(( Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît;

(( Comme vous j'ai porté les armes!

« Ah! donnez, donnez, s'il vous plaîl,

« A l'aveugle de Bagnolet. »

Faut-il enfin que je le dise?

On le voit pour son intérêt

Moins à la porte de l'église

Ou'à la porte du cabaret.

Pour ceux que le plaisir couronne,

J'entends sa vielle qui résonne :

«Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît;

« Le plaisir rend l'âme si bonne!

a Ah! donnez, donnez, s'il vous plaît,

« A l'aveugle de Bagnolet. »

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