‹ uvres complètes de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 137 sur 166 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

PRÉSENTÉ A MESSIEURS DE l'ÉCOLE DES CHARTRl'S CRÉÉE PAR UNE NOUVELLE ORDONNANCE

Air de la Treille de sincérité.

Seuls arbitres Du sceau des titres, Chartriers, rendez-moi l'honneur :

Je suis bâtard d'un grand seigneur. (Bù.) i. 4^2

De votre savoir, qui prospère, J'attends parchemins et blasons :

Un bâtard est fils de son père; Je veux restaurer ma maison. [Bi^, Oui, plus nobles que certains êtres, Des privilèges fiers suppôts, Moi je descends de mes ancêtres.

Que leur âme soit en repos!

Seuls arbitres Du sceau des titres, Ghartriers, rendez-moi l'honneur :

Je suis bâtard d'un grand seigneur.

Ma mère, en illustre personne.

Dédaigna robins et traitants; De l'Opéra sortit baronne.

Et se fit comtesse à trente ans.

Marquise enfin des plus sévères.

Elle nargua les sots propos.

Auprès de mes chastes grand' mères Que son âme soit en repos!

Seuls arbitres Du sceau des titres, Ghartriers, rendez-moi l'honneur :

Je suis bâtard d'un grand seigneur.

Mon père, que sans flatterie Je cite avant tous ses aïeux,

DE BÉRANGEU. r)51

Était chevalier d'industrie, Sans en être moins glorieux.

Gomme il avait pour plaire aux dames De vieux cordons et l'air dispos, Il vécut aux dépens des femmes :

Que son âme soit en repos!

Seuls arbitres Du sceau des titres, Char tri ers, rendez-moi l'honneur :

Je suis bâtard d'un grand seigneur.

Endetté de plus d'une somme,

Et dans un donjon retiré.

Mon aïeul, en bon gentilhomme,

S'enivrait avec son curé.

Sur le dos des gens du village,

Après boire il cassait les pots.

Il but ainsi son héritage : . , '

Que son âme soit en repos!

Seuls arbitres Du sceau des titres, Chartriers, rendez-moi l'honneur :

Je suis bâtard d'un grand seigneur.

Mon bisaïeul, chassant de race. Fut un comte fort courageux.

Qui, laissant rouiller sa cuirasse, Joua noblement tous les jeux.

Après une suite traîtresse De pics, de repics, de capots, Un as dépouilla Son Altesse :

Que son âme soit en repos !

Seuls arbitres Du sceau des titres, Cliartriers, rendez-moi l'honneur:

Je suis bâtard d'un grand seigneur.

Mon trisaïeul, roi légitime

D'un pays fort mal gouverné.

Tranchait parfois du magnanime,

Surtout quand il avait dîné.

Mais, les'plaisirs de ce grand prince

Ayant absorbé les impôts,

Il mangea province à province :

Que son âme soit en repos !

Seuls arbitres Du sceau des titres, Chartriers, rendez-moi l'honneur :

Je SUIS bâtard d'un grand seigneui*.

De ces faits dressez un sommaire.

Messieurs, et prouvez qu'à moi seul Je vaux autant (|ue père et mère.

Aïeul, bisaïeul, trisaïeul. (Bis.) Grâce à votre art, que j'utilise, Qu'on me tire cni'ni des tripots;

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DE BÉRANGER. ^ioo

Qu'on m'enterre au chœur d'une église; Que mon âme soit en repos!

Seuls arbitres Du sceau des titres, Chartriers, rendez-moi l'honneur :

Je suis bâtard d'un grand seigneur. [Bis.)

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