‹ uvres complètes de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 17 sur 166 · LA GAUDRIOLE · texte numérisé non relu

LA GAUDRIOLE

A m : La bonne aventure.

Momus a pris pour adjoints

Des rimeurs d'école :

Des chansons en quatre points

Le froid nous désole.

Mirliton s'en est allé.

Ah! la muse de Collé,

C'est la gaudriole, 0 gué,

C'est la gaudriole.

Moi, des sujets polissons

Le ton m'affriole; Minerve dans mes chansons

Fait la cabriole.

Ile ma «^laud'irièrc, après tout, Taiiiifes, je tiens le goùl De la gaudriole,

0 gué, De la gaudriole.

Elle amusait à dix ans

Son maître d'école; Des cordeliers gros plaisants

Elle fut ridole.

Au prêtre qui l'exhortait En mourant elle contait

Une gaudriole, 0 gué.

Une gaudriole.

C'était la Régence alors,

Et, sans hyperbole, Grâce aux plus drôles de corps,

La France était folle.

Tous les hommes plaisantaient.

Et les femmes se prêtaient

A la gaudriole, 0 gué,

A la gaudriole.

On ne rit guère aujourd'hui :

Est-on moins frivole?

Trop de gloire nous a nui :

Le plaisir s'envole.

Mais au Français attristé Qui peut rendre la gaieté?

C'est la gaudriole, 0 gué,

C'est la gaudriole.

Prudes, qui ne criez plus

Lorsqu'on vous viole.

Pourquoi prendre un air conl'us

A chaque parole?

Passez les mots aux rieurs :

Les plus gros sont les meilleurs

Pour la gaudriole j 0 gué,

Pour la gaudriole.

UOGEU BONTEMPS

.lANVlEr. J814

A m : IIoik/c ihi ((i)iip de liraitdpri'.

Aux gens atrabilaires Pour exemple donné, En un temps de misères Roger Bontemps est né.

DE 13KUANGEP,.

Vivre obscur à sa guise, Narguer les mécontents :

Eh gai ! c'est la devise Du gros Roger Bontemps.

Du chapeau de son père Coiffé dans les grands jours, De roses ou de lierre Le rajeunir toujours; Mettre un manteau de bure, Vieil ami de vingt ans :

Eh gai! c'est la parure Du gros Roger Bontemps.

l^osséder dans sa hutte Une table, un vieux lit, Des cartes, une flûte, Un broc que Dieu remplit.

Un portrait de maîtresse.

Un coffre, et rien dedans :

Eh gai! c'est la richesse Du gros Roger Bontemps.

Aux enfants de la ville Montrer de petits jeux; Etre un faiseur habile De contes graveleux ; Ne parler que de danse Et d'almanachs chantants :

Eh gai ! c'est la science Du gros Roger Bontemps.

li CilANSOiNS

Faute de vin d'élile, Sabler ceux du canton; Préférer Marguerite Aux dames du grand ton ; De joie et de tendresse Remplir tous ses instants :

Eh gai î c'est la sagesse Du gros Uoger Bontemps.

Dire au ciel : Je me lie, Mon Père, en ta bonté; De ma philosophie Pardonne la gaieté.

Que ma saison dernière Soit encore un printemps :

Eh gai! c'est la prière Du gros Roger Bontemps.

Vous, pauvres pleins d'envie, Vous, riches désireux, Vous dont le char dévie Après un cours heureux; Vous qui perdrez peut-être Des titres éclatants, Eh gai! prenez pour maître Le gros Roger Bontemps.

DR BKRANfiEl!. in

Page 1