‹ uvres complètes de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 22 sur 166 · LA MÈRE AVEUGLE · texte numérisé non relu

LA MÈRE AVEUGLE

A m : Une fille est un oiseau.

Tout en filant votre lin, Ecoulez-moi bien, ma fille:

Déjà votre cœur sautille Au nom du jeune Colin.

Craignez ce qu'il vous conseille.

Quoique aveugle, je surveille; A tout je prête l'oreille, Et vous soupirez tout bas.

Votre Colin n'est qu'un traître...

Mais vous ouvrez la fenêtre; Lise, vous ne liiez pas. (Bis,)

Il fait trop chaud, dites-vous; Mais, par la fenêtre ouverte, A Colin, toujours alerte, Ne faites pas les yeux doux.

Vous vous plaignez que je gronde ; Hélas! je fus jeune et blonde; Je sais combien dans ce monde On peut faire de faux pas.

L'amour trop souvent l'emporte...

Mais quelqu'un est à la porte; Lise, vous ne liiez pas.

\)K BÉRANGEU. 25

C'est le vent, me dites-vous,

(Jiii fail crier la serrure ;

Et mon vieux chien qui murmure

Gagne à cela de bons coups.

Oui, fiez-vous à mon âge:

Colin deviendra volage ;

Craignez, si vous n'êtes sage,

De pleurer sur vos appas. . .

Grand Dieu! que viens-je d'entendre?

C'est le bruit. d'un baiser tendre;

Lise, vous ne filez pas.

C'est votre oiseau, dites-vous, C'est votre oiseau qui vous baise; Dites-lui donc qu'il se taise.

Et redoute mon courroux.

Ah! d'une folle conduite Le déshonneur est la suite; L'amant qui vous a séduite En rit même entre vos bras.

Que la prudence vous sauve. . .

Mais vous allez vers l'alcôve; Lise, vous ne filez pas.

C'est pour dormir, dites-vous.

Quoi ! me jouer de la sorte !

Colin est ici, qu'il sorte, Ou devienne votre époux.

En attendant qu'à l'église Le séducteur vous conduise,

Cl-IANSUINS

Filez, liiez, liiez, Lise, Près de moi, sans faire un pas.

En vain votre lin s'embrouille; Avec nne autre quenouille, Non, vous ne filerez pas. (FUs.)

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