‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 1 sur 174 · BAPTÊME DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

BAPTÊME DE VOLTAIRE

Aib : Les cloches du monastère.

La foule encombre l'église ; Les prêtres sont en émoi.

C'est un garçon qu'on baptise, Fils d'un trésorier du roi.

Le curé court en personne Dire au bedeau : Sonne ! sonne !

Dig don ! dig don !

Que n'avons-nous un bourdon ! j

Dig don! dig don! } Bis.

Don! don! 1

Le curé parle au vicaire :

Ce baptême nous fera

* Voltaire, né en février 1G74, était d'apparence si frêle, qu'on se contenta de l'ondoyer en famille. Son baptême n'eut lieu qu'en novembre de la même année, à Saint-André-des-Àrcs. Son père, notaire d'abord, devint trésorier de la cour des comptes.

c> CHANSONS

êà

Redorer croix, reliquaire, Ostensoir et caetera.

Même il se peut que j'accroche De l'argent pour une cloche.

Dig don ! dig don !

Que n'avons-nous un bourdon !

Dig don! dig don!

Don! don!

Ali! crie un chantre, j'espère Que, nous livrant son cellier, Cet enfant, comme son père, Un jour sera marguillier.

Qu'à son nom l'honneur s'attache D'un gros marguillier sans tache.

Dig don ! dig don !

Que n'avons-nous un bourdon !

Dig don! dig don!

Don! don!

A la marraine, un beau prêtre Dit tout bas : Les jolis yeux!

Madame, vous devez être Un ange envoyé" des cieux.

L'enfant qu'un auge patrone Est un saint que Dieu nous donne

Dig don ! dig don !

Que n'avons-nous un boni don!

Dig don ! dig don !

Don ! don!

De sa mère, ajoute un diacre.

Ce iils aura tout l'esprit.

Qu'à la chaire il se consacre :

Il vengera Jésus-Christ.

Qui sait? à sa voix peut-être Plus d'un bûcher doit renaître.

Dig don ! dig don !

Que n'avons-nous un bourdon !

Dig don ! dig don !

Don ! don !

Mais du ciel tombe un fantôme, C'est Rabelais, grand moqueur, Qui leur dit : Dans ce vieux tome J'ai chanté jadis au chœur.

Sur cet enfant qu'on baptise, Dieu veut que je prophétise.

Dig don ! dig don !

Que n'avons-nous un bourdon!

Dig don ! dig don !

Don! don!

Nous nommons François-Marie Ce garçon, dit le parrain.

Le fantôme se récrie :

De tels noms ne lui vont brin.

La Gloire, à son baptistère, Lui donnera nom Voltaire.

Dig don ! dig don !

Que n'avons-nous un bourdon !

Dig don! dig don !

Don ! don !

Dans ce marmot, tête énorme, Germe un puissant écrivain

Qui doit, en fait de réforme, Passer Luther et Calvin.

Sots préjugés, il vous sape.

Gare à vous, monsieur du pape !

Dig don ! dig don !

Que n'avez-vous un bourdon 1

Dig don ! dig don !

Don ! don !

Ce Rabelais, qu'on l'arrête!

Dit le curé s'échauffant.

Pour nous un dîner s'apprête Chez le père de l'enfant :

De cadeaux il nous accable :

Baptisons, fût-ce le diable!

Dig don ! dig don !

Que n'avons-nous un bourdon !

Dig don ! dig don î Don ! don !

Le fantôme qui s'envole

Crie aux prêtres : Avant peu,

Voltaire, encor à l'école,

En jouant y met le feu.

Ce feu chez vous va s'étendre :

Aux cloches il faut vous pendre.

Dig don! dig don!

Que n'nvons-nous un bourdon!

Dig don! dig don! j Bis.

Don! don!

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