‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 117 sur 174 · COLIBRI · texte numérisé non relu

COLIBRI

Air : Garde à vous! (de la Fiancée).

Mes amis,

J'ai soumis L'enfer à ma puissance.

De son obéissance J'ai pour gage certain

Un lutin. (Bis.) Sous forme d'oiseau-mouche A mon chevet il couche.

Lutin doux et chéri, Baisez-moi, Colibri,

Colibri! [Ter.)

S'éveillant,

Babillant, Au jour qui naît et brille, Son petit corps scintille D'émeraude et d'azur

Et d'or pur.

Fleur qui cherche sa tige, Le voilà qui voltige :

L'aurore en a souri.

Baisez-moi, Colibri, Colibri!

Je le vois,

A ma voix, Voler vers qui m'implore.

Ses ailes font éclore Richesse, honneurs, amours

Et beaux jours.

! Quelque soif qui m'embrase, Il peut remplir le vase Que ma bouche a tari.

Baisez-moi, Colibri,

Colibri !

Je puis voir

Son pouvoir Franchir l'espace et Tonde; Du Pérou, de Golconde, M'apporter dans nos ports

Les trésors.

Mais non; point d'opulence Quand un peuple, en silence, Souffre et meurt sans abri.

Baisez-moi, Colibri,

Colibri!

Je puis voir

Son pouvoir Me donner des couronnes, Des palais à colonnes, Des gardes et l'amour

D'une cour.

DE BÉIUNGEU. 263

Mais non; j'en sais l'histoire :

Le monde, à tant de gloire, De douleur pousse un cri.

Baisez-moi, Colibri, Colibri 1

Demandons

Pour seuls dons Simple toit, portes closes, Des champs, du vin, des roses, Et la paix d'un reclus,

Rien de plus. (Bis.) Mon paradis s'arrange, Dieux! et l'oiseau se change En piquante houri.

Baisez-moi, Colibri,

Colibri! (Ter.)

EMILE DEBRAUX51

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