‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 120 sur 174 · LES FEUX FOLLETS · texte numérisé non relu

LES FEUX FOLLETS

Air : Faut l'oublier, disait Colette.

0 nuit d'été, paix du village,

Ciel pur, doux parfums, frais ruisseau,

Vous embellissiez mon berceau ;

Consolez-moi dans un autre âge.

Las du monde, ici je me plais :

Tout y retrace mon enfance,

Oui, tout, jusqu'à ces feux follets.

Jadis leur éclat et leur danse

M'auraient fait fuir à pas pressés.

J'ai perdu ma douce ignorance :

Follets, dansez, dansez, dansez.

On racontait, aux longues veilles, Qu'ils étaient moqueurs et mécbants ;

Que ces feux gardaient dans nos champs Bien des trésors, bien des merveilles.

Revenants, lutins, noirs esprits, Sorciers, malignes influences, A tout croire on m'avait appris.

Je voyais des dragons immenses Sur les donjons des temps passés, L'âge a soufflé sur mes croyances :

Follets, dansez, dansez, dansez.

Un soir, j'avais dix ans à peine, Égaré, couvert de sueurs, Je vois de loin cette lueur :

C'est la lampe de ma marraine.

Chez elle un gâteau m'attendant, Je cours, je cours, l'âme ravie.

Un berger me crie : « Imprudent !

« La lumière par toi suivie « Eclaire un bal de trépassés. »

Ainsi devait s'user ma vie :

Follets, dansez, dansez, dansez.

A seize ans, je vis même flamme Sur la tombe du vieux curé; Soudain m'écriant : Je prîrai, Monsieur le curé, pour votre âme ; Je m'imagine qu'il me dit :

« Faut-il que la beauté te rende « Déjà rêveur, enfant maudit? »

Ce soir-là, tant ma peur fut grande,

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Je crus à des eieux courroucés.

Parlez encore, et que j'entende :

Follets, dansez, dansez, dansez.

Quand j'aimai Rose au cœur candide,

Un peu d'or eût comblé nos vœux.

Devant moi passe un de ces feux :

Vers des trésors qu'il soit mon guide.

J'ose le suivre; mais, hélas!

Dans l'étang que ce ruisseau creuse

Je tombe, et je ne péris pas'

A-t-il ri de ta chute affreuse?

Disent encor des insensés.

Non ; mais sans moi lïose est heureuse :

Follets, dansez, dansez, dansez.

De mille erreurs l'âme affranchie, Me voilà vieux avant le temps.

Vapeurs qui brillez peu d'instants, Voyez-vous ma tête blanchie?

Des sages m'ont ouvert les yeux ; Mais j'admirais bien plus l'aurore Quand je connaissais moins les cieux.

Du savoir le flambeau dévore Les sylphes qui nous ont bercés.

Ah ! je voudrais vous craindre encore : Follets, dansez, dansez, dansez.

HATONS-NOUS

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