‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 139 sur 174 · JEAN DE PARIS · texte numérisé non relu

JEAN DE PARIS

Air : Cette chaumière-) 'à vaut un palais.

Ris et chante, chante et ris ; Prends tes gants et cours le monde ; Mais, la bourse vide ou ronde, Reviens dans Ion Paris; Ah! reviens, ah! reviens, Jean de Paris. (Bis.)

Toujours, dit la chronique ancienne, Jean sur son grand sabre a sauté Quand de leur ville avec la sienne Des sots comparaient la beaulé :

Proclamanl sur son âme,

lai prose ainsi qu'en vers,

DE BÉUANGER. 509

Les lours de Notre-Dame Centre de l'univers.

Ris et chante, chante et ris; Prends tes gants et cours le monde ; Mais, la bourse vide ou ronde, Reviens dans ton Paris ; Ah ! reviens, ah ! reviens, Jean de Paris.

S'il franchit la grande muraille ; S'il cocufie un mandarin ; Du peuple magot s'il se raille ; A Paris s'il revient grand train;

L'espoir qui le domine,

C'est, chez son vieux portier,

De parler de la Chine

Aux badauds du quartier.

Ris et chante, chante et ris; Prends tes gants et cours le monde; Mais, la bourse vide ou ronde, Reviens dans ton Paris ; Ah! reviens, ah! reviens, Jean de Paris.

Je veux de l'or, beaucoup et vite!

Dit-il, au Pérou débarquant.

A s'y fixer chacun l'invite :

Me prend-on pour un trafiquant?

Loin de mes dix maîtresses,

Fi de ce vil métal !

Je préfère aux richesses Paris ei l'hôpital.

Ris et chante, chante et ris ; Prends tes gants et cours le monde ; Mais, la bourse vide ou ronde, Reviens dans ton Paris; Ah ! reviens, ah ! reviens, Jean de Paris.

A la guerre gaîment il vole,

Pour la croix ou pour Saladin,

Se bat, jure, pille et viole,

Puis à Paris écrit soudain :

« Que ma gloire s'étende « Du Louvre aux boulevards ; « Qu'un ramoneur y vende « Mon buste pour six liards. »

Ris et chante, chante et ris, Prends tes gants et cours le monde ; Mais, la bourse vide ou ronde, Reviens dans ton Paris ; Ah ! reviens, ah ! reviens, Jean de Paris.

En Perse il prétend qu'une reine Lui dit un soir : Je te fais roi.

Soit ! répond-il ; mais, pour ma peine, Jusqu'au pont Neuf viens avec moi.

Pendant huit jours de l'été,

Tonl Paris me verni

Montrer, couronne en tête, Mon nez à l'Opéra.

Ris et chante, chante et ris ; Prends tes gants et cours le monde ; Mais, la bourse vide ou ronde, Reviens dans ton Paris ; Ah ! reviens, ah ! reviens, Jean de Paris.

Jean de Paris, dans ta chronique,

C'est nous qu'on peint, nous francs badauds :

Quittons-nous cette ville unique,

Nous voyageons Paris à dos.

Quel amour incroyable.

Maintenant et jadis,

Pour ces murs dont le diable

A fait son paradis !

Ris et chante, chante et ris; Prends tes gants et cours le monde ; Mais, la bourse vide ou ronde, Reviens dans ton Paris ; Ah ! reviens, ah ! reviens, Jean de Paris. (Bis.)

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