‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 14 sur 174 · L'OMBRE D'ANACRÉON · texte numérisé non relu

L'OMBRE D'ANACRÉON

SAINTE-PÉLAGIE Air de la Sentinelle.

Un jeune Grec sourit à des tombeaux :

Victoire! il dit; l'écho redit : Victoire! 0 demi-dieux! vous nos premiers flambeaux, Trompez le Styx, revoyez votre gloire!

Soudain sous un ciel enchanté

Une ombre apparaît et s'écrie :

« Doux enfant de la Liberté (Bis),

« Le Plaisir veut une patrie!

« Une patrie !

« 0 peuple grec! c'est moi dont les destins « Furent si doux chez tes aïeux si braves; « Quand il chantait l'amour dans leurs festins, « Anacréon en chassait les esclaves.

« Jamais la tendre Volupté

« N'approcha d'une âme flétrie.

« Doux enfant de la Liberté,

« Le Plaisir veut une patrie!

« Une patrie !

« De l'aigle encor l'aile rase les cieux,

« Du rossignol les chants sont toujours tendres;

« Toi, peuple grec, tes arts, les lois, tes dieux, « Qu'en as-tu fait? qu'as-tu fait de nos cendres?

« Tes fêtes passent sans gaîté

« Sur une rive encor fleurie.

« Doux enfant de la Liberté,

« Le Plaisir veut une patrie !

« Une patrie !

« Déjà vainqueur, chante et vole au danger; « Brise tes fers, tu le peux, si tu l'oses. « Sur nos débris, quoi î le vil étranger « Dort enivré du parfum de tes roses!

« Quoi ! payer avec la beauté

« Un tribut à la barbarie !

« Doux enfant de la Liberté,

« Le Plaisir veut une patrie!

« Une patrie !

« C'est trop rougir aux yeux du voyageur

« Qui d'Olympie évoque la mémoire.

« Frappe! et ces bords, au gré d'un ciel vengeur»

« Reverdiront d'abondance et de gloire.

« Des tyrans le sang détesté

« Réchauffe une terre appauvrie.

« Doux enfant de la Liberté,

« Le Plaisir veut une patrie!

« Une patrie!

« A tes voisins n'emprunte que du fer; « Tout peuple esclave est allié perfide.

« Mars va t'armer des feux de Jupiter; « Cher à Vénus, son étoile le guide*;

« Bacchus, dieu toujours indompté,

« Remplira la coupe tarie.

« Doux enfant de la liberté,

« Le Plaisir veut une patrie! « Une patrie ! »

Il se rendort, le sage de Téos.

La Grèce enfin suspend ses funérailles.

Thèbes, Corinthe, Athènes, Sparte, Argos, Ivres d'espoir, exhumez vos murailles !

Vos vierges même ont répété

Ces mots d'une voix attendrie :

« Doux enfant de la Liberté, (Bis.)

« Le Plaisir veut une patrie!

« Une patrie ! »

Page 1