‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 24 sur 174 · LES SCIENCES · texte numérisé non relu

LES SCIENCES

Air

Fatigué des clartés confuses Qui m'ont égaré bien souvent, J'allais bannir amours et muses. J'allais vouloir être savant.

Mais quoi î pour une âme incertaine, La science est d'un vain secours.

Gardons Lisette et Lafontaine :

Muses, restez; restez, Amours.

La nature était mon Armide, Dans ses jardins j'errais surpris; Mais un chimiste moins timide Règne en vainqueur sur leurs débris.

Dans son fourneau rien qu'il ne jette; Des gaz il poursuit le concours.

Ma fée y perdrait sa baguette :

Muses, restez; restez, Amours.

J'ai regret aux contes de vieille Quand un docteur dit qu'à sa voix Les morts lui viennent à l'oreille De la vie expliquer les lois.

De la lampe il voit la matière, Les ressorts, le fond, les contours; Je n'en veux voir que la lumière :

Muses, restez ; restez, Amours.

Enfin aux calculs qu'on entasse, Si les cieux n'obéissaient pas!

Plus d'une erreur passe et repasse Entre les branches d'un compas.

Un siècle a changé la physique; Nos temps sont féconds en retours.

Je crains que le soleil n'abdique :

Muses, restez; restez, Amours.

Enivrons-nous de poésie; Nos cœurs n'en aimeront que mieux; Elle est un reste d'ambroisie Qu'aux mortels ont laissé les dieux.

Quel est sur moi le froid qui tombe?

C'est le froid du soir de mes jours.

Promettez un rêve à ma tombe :

Muses, restez; restez, Amours.

Page 1