‹ uvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 40 sur 174 · REPONSE · texte numérisé non relu

REPONSE

A DES COUPLETS QUI M'ONT ETE ADRESSES PAR MADEMOISELLE ** AGEE DE DOUZE ANS.

Am : Où s'en vont ces gais bergers*}

Pour les vers, quoi ! vous quittez

Les plaisirs de voire âge!

Ma Muse, que vous flattez,

Aux Amours rend hommage.

Ce sont aussi des entants

A la voix séduisante ; Mais, hélas! vous n'avez que douze ans,

Et moi j'en ai quarante !

* L'établissement du cabinet noir, où le secret des lettres fut tant de fois violé, remonte au règne de Louis XIV. Son successeur se faisait un amusement des révélations scandaleuses qu'on arracbail ;nnsi aux correspondances particulières.

Après la Révolution de juillet, le cabinet noir fut supprimé.

Pourquoi parler de lauriers?

De pleurs on les arrose.

Ce n'est point aux chansonniers

Que la gloire en impose.

La fleur, orgueil du printemps, Est le prix qui nous tente.

Mais, hélas ! vous n'avez que douze ans, Et moi j'en ai quarante !

Jeune oiseau, prenez l'essor;

Égayez le bocage.

Par des chants plus doux encor

Brillez dans un autre âge.

De les inspirer je sens

Combien l'espoir m'enchante. Mais, hélas! vous n'avez que douze ans.

Et moi j'en ai quarante !

De me couronner de fleurs,

Oui, vous perdrez l'envie; Sous des dehors plus flatteurs

Vous verrez le génie Puissiez-vous pour mon encens

Être alors indulgente !

Mais à peine vous aurez vingt ans,

Que j'en aurai cinquante!

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